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 Retrouvailles ferroviaires (Emily)

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Yume

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MessageSujet: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Ven 5 Jan - 22:25

Le soleil venait de se coucher, donnant à cette fin d'hiver un air lugubre que j'avais un jour apprécié. Il pleuvait à torrent.

Je soupirai, regardant le rideau compact se formant au delà du perron. Mettre les pieds dehors provoquait chez moi une appréhension semblable à des souvenirs presque effacés. L'enveloppe coincée dans mon manteau me procurait une chaleur réconfortante.
Mon cœur, pourtant, se serra soudainement. Cela faisait déjà trois mois que c'était arrivé.
Trois mois cloîtrée dans ces murs dont je n'avais pas une seule fois songé m'évader; Trois mois à me détester, à alterner mon temps entre pleurer toutes les larmes de mon corps et à boire toute l'eau que je pouvais pour ne pas mourir desséchée.

Mes entrevues avec Emily étaient bien la seule chose qui m'avait manqué de l'extérieur : c'était d'ailleurs cela qui me poussait à m'y aventurer de nouveau aujourd'hui. J'avais reçu un très court message dans l'après midi, me demandant de la rejoindre à la gare, bien évidemment, après le coucher du soleil. Je commençai à me faire un chemin à travers la pluie battante, toujours aussi pensive. Je n'avais eu aucune nouvelle de sa part durant ces derniers mois, tout comme elle n'avait eu aucune des miennes; Ce n'était pas une raison pour laquelle nous nous fâchions. J'imaginais qu'elle avait supposé que j'étais occupée, ou qu'elle l'était trop elle même pour s'en soucier.

D'ordinaire, nous nous retrouvions comme si nous nous étions vues la veille et rattrapions naturellement le temps perdu, tout en poursuivant nos petites enquêtes. Nous passions des soirées dehors, chez moi, et parfois même dans son petit appartement, même si ce ne fut qu'une fois.
Mais à présent, j'avais peur que quelque chose change. Il y avait une différence à toutes ces autres fois. Je n'avais jamais eu de problèmes. Toutes ces petites contrariétés qui par le passé m'avaient parues immenses n'étaient que poussières. Je devais me rendre à l'évidence: Dans mon état actuel, je me sentais incapable de répondre avec l’enthousiasme qui me caractérisait habituellement. Je me ressaisissais, tandis que j'accélérai le pas.

Et elle ? Avait elle eu des problèmes que j'avais toujours ignoré ? Ça ne m'étonnerait pas... Son sang froid pouvait être à une telle épreuve qu'elle l'aurait simplement caché, et aurait été égale à elle même... Je tentai de chasser ces pensées négatives. Si nous nous étions réunies, c'était pour toutes deux passer du bon temps. J’espérais simplement ne pas avoir le droit à un interrogatoire une fois arrivée.

C'était bien ma seule crainte pour ces retrouvailles. Car que répondre à cela ? Après notre rencontre, ni elle ni moi n'avions reparlé de nos histoires de cœur. Aucune de nous n'avait exprimé le souhait de ramener ce sujet dans nos conversations pourtant interminables. N'était ce pas ce dont les meilleures amies parlaient souvent d'ordinaire ? Qu'importe. Cela m'avait vraiment arrangée jusqu'ici. Comment lui raconter, tout d'un bloc, que j'avais, pendant plus d'un an, entretenu une relation ambiguë et protégé un individu que je savais avoir potentiellement du sang sur les mains ? C'était justement ce genre de comportements qu'elle et moi condamnions...  Voilà qui ferait de moi une parfaite hypocrite... Elle penserait sûrement bien moins de moi... Je ne voulais pas la décevoir. Je ne voulais pas perdre notre amitié.

Je voyais la gare d'Euston approcher au loin; Les fumées des locomotives s'échappaient vers le ciel gris. Mon estomac se nouait tandis que j'apercevais l'arc majestueux se dresser dans le léger brouillard qui s'était formé. La pluie s'était arrêtée.
 D'après sa missive, elle m'attendait sur le quai numéro deux. Avançant avec plus de réserve, j'essayais d'anticiper la situation. Nous nous rencontrions pour généralement deux raisons. Elle avait mis la main sur une information croustillante, quelque peu mystérieuse sur laquelle nous nous renseignerons par la suite, ou elle avait simplement envie de me revoir. En vue de ce lieu de rendez vous assez incongru, il est bien plus probable qu'elle ait de nouveau trouvé nouveau sujet d’investigation. Prenant une autre bouffée de courage, je m'engouffrai dans le bâtiment.

L'air s'était déjà réchauffé, le charbon chauffant de part et d'autre de la bâtisse. Malgré l'obscurité naissante, la gare ne se désemplissait pas: Couples et familles s'affairaient telles des petites fourmis pour ne pas se mettre en retard. Repérer Emily allait être plus ardu que ce que je ne croyais... Alors que je me frayais un chemin parmi ces gens, j'attrapai du regard mon reflet sur l'une des fenêtres givrées. J'ai connu des jours meilleurs. Les traces grisâtres sous mes yeux semblaient me supplier pour une bonne nuit de sommeil, et mes joues ayant perdu leur aspect rebondi témoignaient de quelques kilos perdus. Je soupirai et me détournai rapidement de cette distraction: Le quai numéro deux me faisait à présent face.

Je m'y engageai sans difficulté; Le train disparaissait déjà dans le brouillard. La lune apparaissait à travers le toit de verre, baignant les coins les plus reculés du bâtiment d'une pale lumière. Parmi les dernières présences quittant la plateforme, je l'aperçus, figée, faisant face aux rails. Je pris mon courage à deux mains et m'avançai rapidement, prenant un sourire que j'espérais convaincant:

"Emily, bonsoir ! Ça fait un petit moment..! Je suis heureuse de te voir! "


Je m'approchai, pour la prendre dans mes bras.

"J'imagine que tu m'as fait venir ici pour une raison, je me trompe ?"

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Emily
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Sam 6 Jan - 21:09

Je m'ennuie.
Je m'ennuiiiie.
Je. M'en. Nuie.

Avachie sur le canapé de mon appartement ravagé comme après une guerre mondiale, je soupire brusquement. Cela pour effet de surélever pendant un court instant le journal ouvert posé sur ma figure, ce dernier me servant de principal rempart contre la luminosité. Je songe que je devrais vraiment réparer mes volets, un jour, tout en laissant négligemment pendre l'un de mes bras. Je heurte avec une certaine surprise un morceau de porcelaine, avant de me souvenir qu'il est là depuis un moment parce que j'ai été prise d'une soudaine et fulgurante obsession pour la sculpture chaotique il y a une semaine. Ou peut être était-ce deux?

Je risque un œil derrière mon journal. Les murs de ma pièces peuvent paraître intacts, mais c'est si l'on pose un regard vers le sol que le drame est présent. Des objets brisés de toutes sortes jonchent le parquet maculé de poussière. Des cadavres de tasses de porcelaine, de bouteilles parfum et d'alcool dont le contenu s'est répandu au sol. De vieilles et affreuses chaises récupérées chez la voisine du dessous qui n'en voulait plus, fracassées à mort au maillet pour en récupérer quelques fragments. Des morceaux de fils de fer rouillés et tordus dans l'optique de créer un semblant de structure sur lesquels empiler tous mes modestes trésors dans l'optique d'un résultat.
Résultat qui se traduit par la présence de deux pathétiques tourelles de bois et de feutres grossièrement échafaudées, garnies de nombreux débris de verres destinés à faire croire à la présence de jolis vitraux sur ces batiments. La totalité de ma création est définitivement un echec cuisant. Je voile à nouveau mes yeux de leur masque de papier jaunit.

Je devrais pourtant me décider à ranger tout cela, et laisser derrière moi cette tentative ratée. Mais après tout, rien ne presse, j'ai le temps. J'ai tout le temps. J'ai tout le temps tout le temps.

Une éternité de vide à combler. Des activités à trouver, les meilleurs passe-temps à me fabriquer. Pas trop tôt si possible, pas avec trop de gens s'il vous plait. Laissez moi loin de la foule, mais laissez moi quelques spectateurs. Admirez moi quand je bats des cils, mais surtout, tenez vous tranquille! Que l'on me parle, mais que l'on m'écoute! Donner moi les clefs pour mieux orchestrer le monde, mais que l'on découpe mon cerveau pour me mieux comprendre.


Ooooh, c'est le blues d'Emily.

Je sens que les idées stupides commencent à toquer à la porte de mon esprit! Peut être devrais-je commencer à tester la drogue. Je pourrais essayer, juste une fois, de me gaver d'anti-douleurs ou autre sérums magiques que l'on trouve chez l'apothicaire. Juste une nuit, pour tester. Pour une fois, voyager autre part que dans mon palais de souvenirs, mélanger les dates et les histoires, les prénoms et les visages. Tout recréer sous l'effet de la frénésie. Faire tricher les émotions, trouver de nouvelles obsessions soulevées d'encres colorées.
Et au matin, tout serait terminé. Mon corps délabré m'interdirait cet état d'extase pour la journée. Mais ce n'est pas grave, je n'aurais plus qu'une demi journée à patienter avant de pouvoir recommencer mon manège infernal!
Lorsque je serais lassée de connaître par cœur le secret des morphines, j'essayerais la cocaïne. Cette petite poudre blanche aux effets dévastateurs qui accélérera mon cerveau, et me donnera l'impression d'avoir cette intelligence supérieure, de dominer le monde, l'espace de quelques heures! Je pourrais sortir dehors un soir pour en acheter, devenir une cliente régulière, devenir moi-même, en fin de compte, narco-trafiquante...!

Je me redresse, en secouant brusquement la tête, manquant d'expulser l'un de mes globes oculaires au passage! Une fois les idées en place, j'esquisse un sourire sur mes lèvres. J'ai enfin trouvé la solution à mon ennui dévorant. Je vais me trouver un animal de compagnie.

Cette seule pensée bénie suffit à me donner la force de me relever. Je réalise soudainement que j'avais compté au moins trois ou quatre levers de Lune depuis que je languissais sur ce canapé. Marchant d'un pas cependant toujours las dans des débris de verre, de terre et de bois, je me dirige vers la porte d'entrée de mon modeste appartement. Je l'ouvre, ravie de constater que malgré un manque de régularité pour les récupérer, un petit tas de journaux plus ou moins récents m'attend sagement.

Je rentre à l'intérieur pour les feuilleter avec peu d'entrain. Il ne se passe jamais rien de palpitant à Londres pour le moment! Pas un seul cambriolage ou meurtre inexpliqué. Pas une seule source de divertissement. Une ville banale à une époque banale... Pour une femme banale! Diantre, je me mettrais presque à souhaiter des tremblements de terre, ou un tsunami arrivant de la Tamise.
Et comme pour me narguer, cet insaisissable Full fait la une de la gazette de mardi dernier, résolvant les affaires avant même qu'elles soient dévoilées publiquement. Alors que je m'apprêtait à découper l'article qui revenait sur sa brillante arrestation du phasme, il y a déjà plus de trois mois, je vis sur la photographie en noir et blanc quelque chose qui m'interpella grandement. Derrière tout les appareils photographiques et les bloc-note des journalistes en premier plan se trouvait Full. Et derrière Full se trouvaient un groupe de policier affairés à un autre cas. Et juste derrière l'un d'eux, un homme plutôt petit aux cheveux blond pailles étouffés sous une casquette, je reconnu un visage. Un visage qui n'avait rien à faire ici. Un visage juvénile à moitié dissimulé derrière l'ombre d'une casquette et des mèches folles.

Mon amie et petite protégée, Yume Wilson.

                                                     ---------------------------------

En ce soir pluvieux, je trépignais d'impatience et de nervosité. Je n'avais pas arrêté de fonctionner telle une pile electrique depuis hier, depuis que j'avais donner ce rendez-vous à Yume, immédiatement après l'avoir aperçue aux côtés de Full. Mes dents claquent et je tape du pied! Ah! 
Même si ce sera surement bref, déraisonnable et sans doute peu concluant, ce regain d’énergie et de vitalité me fait le plus grand bien. Et je m'apprête tout de même revoir une amie après des mois passés en ermite! Je suppose que mon aisance sociale va me revenir tout naturellement!

Errant sur les quais, me languissant de l'arrivé de ma petite Yume, je ne peux m'empêcher de faire les cent pas. Je me faufile, zigzagant entre les voyageurs, les bruits et les odeurs. Je croise beaucoup de valises et de gens pressés, de dégustations de beignet frits et... Oh! Un petit chien! Cet vision me fait agréablement penser à cette idée qui avait germé dans mon appartement, alors que j'avais entrepris de le ranger un peu. Avoir mon animal de compagnie ne pourrait que m'être bénéfique, c'est vrai! Avoir un joyeux compagnon fidèle, gambadant à mes côtés! Quelqu'un qui pourrait connaître mon secret et vivre avec sans porter le moindre jugement, et qui m'accompagnerait nuits et jours. Je songerais plutôt à un chat, qui conserverait une certaine indépendance, et qui pourrait se balader sur les toits de Londres sans que je sois obligée de l'accompagner. Quoique, ce doit être un endroit sympathique à explorer!
Un train arrive en gare. Je m'aperçois brièvement dans le reflet de ses vitres. La vitesse du véhicule entraîne avec lui un appel d'air violent qui fait s'envoler mes cheveux en bataille et ma robe grise, mais aussi les pans de mon grand manteau noir à col relevé. Cette machine incroyable est fascinante, joyaux de notre technologie actuelle, fantastique progrès pour permettre à l'homme de parcourir le monde! J'aime cet endroit.

Les voyageurs à bord descendent, d'autres remontent, puis le train repart à nouveau pour de lointaines contrées. Un jour, peut être, moi aussi je pourrais essayer de voyager une nouvelle fois. Retrouver mes racines, mon vieux village de campagne plein de saules et de pierres grises.  Cette pensée me rend mélancolique. Devant moi, je n'ai plus que les rails, et un vide innexplicable qui se creuse en moi. C'est le retour des idées folles. Elles sont brutales, imprévisibles. Et nombreuses, en ce moment. Le prochain train est annoncé pour dans 4 minutes. Un jour, je pourrais décider d'être égoïste. Je pourrais décider d'aller à la rencontre du train qui arriverait sur ces voies. Pour voir ce que cela fait. Pour connaitre le silence. Rien que quelques heures. Quelques heures sans ennui, ni tristesse. Juste quelques heu...

-"Emily, bonsoir! Ca fait un petit moment..! je suis heureuse de te voir!"

L'arrivée de Yume interrompt brutalement mes pensées "suicidaires", pour le meilleur, d'ailleurs! Je la remercie dans ma tête d'avoir interrompu ce sombre tourbillon, même si je ne laisse rien paraître d'un point de vue extérieur. Avant que je ne puisse clairement la regarder, elle me prend dans ses bras. Je reste si stoïquement sur le parvis de mes songes que j'en oublie presque de lui rendre son accolade, me rattrapant d'une etreinte chaleureuse.
Je prends ensuite un peu de distance, contemplant à nouveau son minois charmant. Elle grandit, cette petite! Si cela se trouve, un jour elle paraîtra plus âgée que moi. Toujours cette même mine friponne, néanmoins elle me semble plus éteinte que d'ordinaire. Peut être est-ce à cause de l'heure tardive à laquelle je l'ai convoquée.

-"J'imagine que tu m'as fait venir ici pour une raison, je me trompe?"

Je ne suis qu'à peine choquée par son enthousiasme atténué. J'avoue être aveuglée à toute sollicitude lorsque je pense aux milliards de question qui se bousculent sur mes lèvres. Je peine à toutes les refréner, à me maîtriser pour ne pas lui demander de me rendre des comptes ici et maintenant. Je suis peut être rustre et sauvage dans ces moments, mais ce n'est pas une excuse pour être violente avec ma seule amie.
Alors que je m'apprête à lui répondre, je suis interrompu par le cri du train qui vient nous rejoindre sur ce quais. Les portes s'ouvrent. C'est un train de nuit qui parcourt la ceinture de la ville, pour revenir à cette gare en un peu plus d'une heure. Une ligne assez prisée, mais à cette heure, cela m’étonnerait que nous n'ayons pas de tranquillité.

D'un regard et d'un sourire insistant, mais pressé, je l'invite à me suivre alors que je grimpe sur le marche pied, et commence à explorer le wagon à la recherche d'un compartiment vide. J'en découvre très vite un et m'y installe : quatre sièges en velours se font face autour d'une petite table en bois peu ouvragée. Je secoue un peu ma tête pour essaye de canaliser mes esprits, tout va beaucoup trop vite et mon excitation à l'idée d'un peu de nouveauté et d'opportunité ne se laisse que difficilement maîtriser. Je suis ainsi. Le feu en moi est étouffé depuis trop longtemps, et il bouillonne à la moindre occasion.
Alors que Yume s'installe doucement en face de moi, je commence à m'exprimer :

- "Tu sais, moi aussi je suis ravie de te revoir. J'espère que tu me pardonnera pour ces mois de silence, mais je t'avoue que je n'ai vraiment pas eu la tête à sortir, ces derniers temps..."

Je suis nerveuse, et j'espère que mon expression de folle ne se lit pas trop dans mes yeux. Je sais qu'elle doit se douter de ce que je vais lui dire. Yume n'est pas une idiote. Elle a déjà passé quelques heures dans mon appartement. Elle connait mon obsession pour Full. Même si elle n'a posé aucune question, surement par la plus pure des politesse, il est impossible que ce détail lui ait échappé. Elle avait dû comprendre que c'était important. Alors pourquoi n'a-t-elle même pas cherché à m'en parler, même plusieurs mois après? L'inspecteur lui aurait-il défendu de dire quoique ce soit?... Je ne tiens plus en place!! Tremblotante, je sors de ma poche la une du journal de mardi dernier et la lui met sous le nez. Le train démarre dans un bruit de vapeur, et le roulis des essieux commence doucement :

- "Mais Yume... Il faut que tu me dises... Bon sang, comment est-ce que tu t'es retrouvée à fréquenter Full Saber? Et pourquoi tu ne m'as rien dit??"

J'ai essayé d'être calme, de poser mes mots avec douceur. Mais je crois que ma fénésie, ma folie et ma passion ont repris le dessus.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 7 Jan - 0:47

Je sentis le corps d'Emily tressauter à la seconde où je l'enlaçai; Elle semblait s'éveiller d'un rêve. Peut-être interrompais-je une intense réflexion de sa part ? Elle m'avait en effet parue absente quand je l'avais aperçue, le regard sur les rails. Je me pris à m'inquiéter. Ces derniers mois avaient peut-être été chez elle synonyme de mélancolie.. ? Ma peine n'était pas une raison pour devenir égoïste. Je me promettais aussitôt de faire mon possible pour l'aider, si elle avait le moindre problème.

Mon train de pensée tourmenté m'avait sûrement rendue paranoïaque: Je retrouvai bien vite l'étreinte réconfortante et protectrice de mon amie, chassant mes idées noires. Ce n'était peut-être qu'une absence sans sens. Elle m'avait bien plus manquée que je ne l'aurai pensé ! Nous nous décollâmes rapidement et nous contemplâmes mutuellement. Bien qu'elle n'ait pas vraiment changé, je remarquai immédiatement le feu qui consumait son regard. Ma prédiction était donc juste ! Elle avait mis le doigt sur quelque chose d'intéressant, je la sentais bouillir de l'intérieur.

Je ne pus m'empêcher de sourire, la voyant ainsi. Même si je n'avais pas la grande forme, j'étais heureuse de constater une tel enthousiasme de sa part, que j'espérais communicatif. La voilà métamorphosée en véritable boule d'énergie, me détrônant facilement du titre de reine des excitées. Amusant comme curieux. Qu'y avait il de si passionnant à raconter ? Je réfléchis un instant. Il s'était peut-être produit quelque chose d'extraordinaire durant mes trois mois cloîtrée au manoir, qui sait ? Dans ce cas, je comptais sur elle pour me tenir au parfum.

Quoiqu'il en était, je n'avais pas reçu la moindre remarque concernant mon air misérable. Je la savais pourtant assez honnête pour ne pas taire ce genre de détails; N'avait-elle donc rien remarqué...? L'idée que de n'être pas aussi abîmée que dans mes pensées m'aurait parue agréable, mais il était malheureusement certain qu'il ne s'agissait que cette information secrète l'occupant suffisamment, la rendant moins attentive. Je n'allais pas m'en offusquer ! Je me réjouissais même de cette convenance, pouvant ainsi éviter une inquiétude laissée sans réponse.

Sur le point de répondre à ma nouvelle curiosité, Emily fut brusquement interrompue par la plainte aiguë du train qui approchait notre position, commençant à ralentir. Je me bouchais immédiatement les oreilles. Le bruit me paraissait insupportable. Mes tympans, à présent accommodés au silence lugubre du manoir isolé semblaient s'embraser à l'entente d'un bruit autrefois familier. Il me fallait apprivoiser de nouveau la vie citadine... Mon amie s'était déjà retournée, pendant que les portes s'ouvraient devant nous.

Je compris alors aussitôt la raison de notre entrevue sur ce quai; D'un regard pressé, elle m'invita à monter en sa compagnie. Je quittai la plateforme avec une réticence qui me surprit. A quoi m'attendais-je ? Le déroulement des événements était parfaitement naturel. Pourtant, quitter la ville que je venais à peine de retrouver avait déclenché une légère crainte dont je n'étais pas fière. Je la laissais passer devant et regardai rapidement notre destination: Je me détendis quelque peu. Le train nocturne ne faisait que le tour de la capitale, et revenait en gare pour s'y garer. Je soupirai en rattrapant Emily. Je devrais lui faire un peu plus confiance...

Nous trouvâmes rapidement un compartiment vide et nous installâmes; Je me laissais malgré moi tomber sur la banquette moelleuse, avant de me redresser, lui faisant face. Elle semblait être sur le point d'exploser, ce qui me fit presque rire. Depuis combien de temps tenait elle cette information, sans en parler à personne ? J'ouvris grand mes oreilles, et la laissa commencer:

- "Tu sais, moi aussi je suis ravie de te revoir. J'espère que tu me pardonnera pour ces mois de silence, mais je t'avoue que je n'ai vraiment pas eu la tête à sortir, ces derniers temps..."


Je tiquai: Voilà qui était surprenant, pour une telle énergie! Mes inquiétudes étaient donc finalement fondées... Elle avait bien eu des soucis... Cependant, je n'osai pas en demander davantage. Elle m'en parlerait si elle s'en sentait l'envie. Prendre précisément des nouvelles pourrait rapidement se retourner contre moi. J'annonçai simplement:

"-Ne t'en excuse pas, tu es là maintenant, non ? Et je n'ai pas pris de nouvelles non plus. Moi non plus, j'ai eu besoin... D'un temps de...repos."


Je pausais ma phrase, cherchant à éviter le mot de trop. De quoi me rendre légèrement suspecte, mais à présent, j'étais persuadée que ce ne serait un problème. Elle ne pouvait se contenir davantage. Je la laissais alors exploser, mon amusement grandissant.

- "Mais Yume... Il faut que tu me dises... Bon sang, comment est-ce que tu t'es retrouvée à fréquenter Full Saber? Et pourquoi tu ne m'as rien dit??"


"-..............................................Hein...?"


Quoi. Mais de quoiiii?! Je ne comprenais rien. Je laissas mon visage se décomposer de perplexité, reflétant ma panique intérieure. Le silence s'installa, alors que je tentais de faire fonctionner mes neurones à toute allure. Il me fallait d'abord décomposer la phrase. Tout serait peut-être plus clair par la suite. Dans cette phrase, que devais retenir...? Full Saber et fréquenter.

Le premier sujet ne me faisait rencontrer aucun problème: Je m'étais plutôt bien renseignée sur cet homme; Je l'admirais même, sans mentir. Mais n'était elle pas plus calée que moi ? Je me souvenais clairement des articles à son effigie recouvrant ses murs. Je n'avais pas osé aborder le sujet mais en avait déduit qu'elle le connaissait bien mieux que moi, pour développer un tel autel !

C'était ce verbe qui me bloquait. Fréquenter. Fréquenter, fréquenter, fréquenter... Je me remémorais son sens, pour m'assurer de l'avoir bien compris. Le silence s'éternisait alors que je pensais à un synonyme. "Entretenir une relation suivie avec un individu."
On pouvait en parler pour désigner une relation amicale, tout comme amoureuse... Bien que je ne pensais pas qu'elle le désignait pour un terme aussi intime. Quelle blague !

...........Quoique... Une crainte grandit alors en moi. Et si un journaliste avare avait inventé une histoire de toutes pièces ? On avait déjà tenté de faire tomber Charles-Henri en inventant des histoires de fraudes d'argent... Et en m'attribuant des affaires amoureuses, même si tout s'était rapidement tassé...
J'essayais de me calmer. Je ne voyais pas d'où la presse sortirait une telle information, sachant qu'on ne m'avait jamais vue en sa compagnie. J'extrapolais... Emily ne croyait sûrement pas à ce genre de bêtises. Je m'exprimais enfin, explosant à mon tour d'incompréhension. Rah, ne pourrais tu pas être un poil plus précise ?

"-Mais de quoi est ce que tu parles...? Désolée, mais je ne fréquente pas Full Saber !! Où est ce que tu as vu ça ? Un article douteux dans le journal ? Ou quelqu'un t'en as parlé ? C'est complètement faux. Ce n'était pas toi l'experte ? Je pensais que vous étiez proches, vu l'attention que tu lui portes..! Ne t'a t-il pas démenti la chose ?"


Respirant un bon coup, je jetai un regard à la mine déconfite de mon amie. Je me sentis mal pour elle. Quoiqu'elle ait pu imaginer, je la sentais déçue. Je repris mon calme: Elle méritait que je lui explique quelle était la situation.

"-Fréquenter est un bien grand mot ! Mais c'est vrai que je le...Connais. Si peu que même ce verbe me paraît trop. En vérité, je ne l'ai rencontré correctement qu'une fois... "


Je marquais une pause, mon moral s'illuminant d'un coup. Mais ! Voilà que venait mon moment de gloire.. ! Comment n'avais je pas pu lui raconter ? L’événement s'était déroulé avant que je voie son appartement mais... Serait elle fière de moi..?

"-Et je l'ai aidé à résoudre une enquête."


Je marquais de nouveau un arrêt, mais cette fois ci, afin de marquer le suspense. J'expliquai donc l'affaire.

"-C'était lors de l'une de mes escapades. J'avais suivi une affaire de meurtre au point mort dans une mercerie, et j'avais décidé d'y jeter un coup d'oeil... Oui, je suis rentrée par effraction... Mais je voulais aider ! De fil en aiguille, il m'a surprise sur les lieux. Je lui ai donc dit la vérité. Il n'avait pas l'air ravi, mais j'ai pu jeter un oeil et trouver un indice tellement... évident qu'il lui était passé sous le nez. Il m'a félicitée de ma contribution à l'affaire et... encouragée dans mes enquêtes avec certaines réserves. Je crois qu'il ne m'a pas prise complètement au sérieux parce que je suis une femme. De haut rang qui plus est. Il me voyait certainement plus mère au foyer que détective... Je l'ai vu dans ses yeux."


Plus à l'aise dans mon récit, j'étais prête à tout expliquer; Cependant, soudainement, je m'arrêtai.
Je ne faisais que parler depuis tout à l'heure... Non seulement conter mes aventures d'une traite pouvait être ardu à suivre... Mais quel moyen plus parfait existait-il pour souffler un mot de trop ? Je me tus. Il valait mieux y aller par étapes; Elle avait sûrement des questions.

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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 7 Jan - 23:48

-"..............Hein...?"

Ah! Prise sur le fait de non-partage-d'information. Un crime presque à la hauteur de la haute trahison. J'imaginais pourtant que c'était cela que devaient faire les amies entre elles, se confier les informations précieuses et brillantes qu'elles récupéraient, en méticuleuses petites abeilles. Par exemple, si j'avais croisé son préposé aux fiançailles à une bar mitzvah, ou sa sœur cachée à une exposition d'un pseudo artiste spécialisé en mannequins réalistes, je serais cordialement allée lui en toucher deux mots autour d'une tasse de thé. Je ne crois pas être une commère, mais je prends plutôt cela pour de l'information à intérêt transversal. C'est à dire qu'il y avait un intérêt pour moi à l'entendre, et un intérêt pour elle à me le dire. C'est quelque chose de fort , qui demande un niveau de complicité virtuose, lorsque quelqu'un veut entendre quelque chose sans avoir à le demander. Vous me comprenez? Non, je regrette, je ne peux être plus claire!

Le tendre bruit du fer frottant les rails tend à faire frémir mes oreilles. Loués soient les inventeurs, les ingénieurs ayant passé des mois à élaborer une telle merveilles. La sophistication du transport à son apogée. Cette sensation grisante de voir le paysage défiler plus vite qu'à cheval. Les lumières de la ville qui se changent en petites étoiles filantes avant de disparaître loin, très loin de mon champ de vision. C'est une illusion doucereuse qui serait capable de me faire oublier la moindre de mes préoccupations en l'espace d'un instant. C'est d'ailleurs pour cela que les paroles suivantes de Yume provoquent un léger choc dans mon conduit auditif.

"-Mais de quoi est ce que tu parles...? Désolée, mais je ne fréquente pas Full Saber !! Où est ce que tu as vu ça ? Un article douteux dans le journal ? Ou quelqu'un t'en as parlé ? C'est complètement faux. Ce n'était pas toi l'experte ? Je pensais que vous étiez proches, vu l'attention que tu lui portes..! Ne t'a t-il pas démenti la chose ? Fréquenter est un bien grand mot !..."

Foutaises. "Fréquenter" est un mot comme un autre, avec ses privilèges et ses obligations! Faudrait-il qu'il soit considéré avec plus d'égard que ses voisins du dictionnaire? Finira-t-elle par penser que j'ai choisis ce mot dans l'idée féroce de l'induire en erreur et de l’affabuler? Quel fourvoiement! Je voulais simplement dire que, franchement, formidablement, fréquenter Full, même fugacement, n'implique en rien une façon facile de croire en une quelconque implication fentimen... Sentimentale, pardon! A quel niveau en suis-je arrivée pour commencer à avoir un cheveux sur la langue, ou plutôt l'esprit?
Bref, je vois là que j'ai été incomprise. Mon cervelet semble fonctionner à mille à l'heure, comme si la locomotive lui imprimait sa propre vitesse. Je m'apprête à rectifier la situation, mais je n'en ai finalement pas besoin, puisque Yume déclare solennellement :

-"Et je l'ai aidé à résoudre une enquête."

Ah tiens donc? C'est intéressant! Encore plus intéressant qu'elle se met à développer les circonstances de leur rencontre. Mes notes mentales s'activent sur le moindre détail d'une importance cruciale. Je crois que mon obsession est à son comble. La quête qui m'est imposée ces derniers temps résonne en moi comme un jeu, un défi, à relever. Yume est un indice, Yume est une piste! Ma boîte crânienne est devenue une véritable machine à écrire, dont les nouvelles données s'inscrivent avec fracas! Un fracas tellement grand que je ne m'entends plus penser! Silence! C'est à peine si j'entends la locomotive...!
Hum? Je me rends compte en un fraction de seconde que mes mains massent frénétiquement mes tempes alors que Yume termine sont récit. J'essaye de calmer un peu l'état d'excitation mentale dans lequel je me trouve actuelle pour en faire un petit bilan. Que je m'énerve de ne pas réussir à être calme dans cette situation.

Mercerie, meurtre, Miséricorde! Surement l'affaire du Croquemitaine Knapp de septembre dernier. Mais alors, c'est tout? Une simple rencontre sur un lieu d'enquête, un petit coup de pouce, et le tour était joué pour atteindre l'inaccessible inspecteur. Comment a-t-elle fait? Est-ce simplement une histoire de chance, de coïncidence? Bon endroit, bon moment?... Je me sens déçue. Je suis fatiguée de simplement parier sur le quartier où apparaîtra la prochaine scène de crime, chaque nuit ou je ne pianote pas. Cela ne peut continuer. Je vais sérieusement commencer à envisager de fricoter avec la pègre, si cela continue. Ou plus encore, je mettrai moins même Londres à feu et à sang si c'est le seul moyen de récupérer enfin leur attention!!!
Je lâche un soupire. Elle a réussi là où j'échoue depuis des mois. Je me sens misérable, en fin de compte. J'ai l'impression que malgré tout, ma volonté se bloque seule à un mur de verre. Je crois qu'au fond de moi, je suis paralysée par ce silence, par ce gouffre qui se creuse de jour en jour. Plus nos adieux s'éloignent dans le temps, plus je crains nos retrouvailles. Je préférai me prendre une balle dans le crâne plutôt qu'un soupçon d'indifférence de leur part. Je m'avachis sur mon siège, perdant quelques centimètres, et une partie de ma prestance habituelle.

-"Hmmpff... Je vois."

J'allais rester ainsi dans mes pensées, lorsque je me souvins à quel point mon usage du mot "fréquenter" avait perturbé Yume. Je pris donc la peine de me corriger à ce sujet afin de bannir toute trace d'inquiètude ou de malentendu.

-"Oh, et bien évidemment que par "fréquenter", je voulais plutôt dire "côtoyer" ou "rencontrer", si tu préfères. Je n'ai rien insinué, ni même envisagé quoique ce soit de sentimental entre vous, cela va de soit!"

Sacrée Yume, quand bien même elle eu l'occasion de découvrir un léger fragment de misogynie de Full Saber, elle ne pouvait pas se douter que toute sa force sentimentale n'est dévouée qu'à Londres et sa protection toute entière. Une dévotion rare qui n'a pas un seul égal connu à ce jour!
Sans pour autant me redresser, jouant avec le bout de papier entre mes doigts, je continue avec l'entrain d'une ronde de cendres surprisent par la pluie :

-"Bon, et bien je te remercie pour cela. Du coup, euh... Comment ça va? La forme?... je m'interromps en prenant conscience que je connais déjà la réponse à cette interrogation, étant donné l'inclinaison de ses sourcils abattus au dessus de ses yeux qui me regardaient depuis tout à l'heure. Oh. Oublie cette question, et considère plutôt que je viens de te demander quelles horribles mesures protocolaires Charles-Henri essaye encore de t'infliger!"

Décidément, il semblerait que j'ai un peu de mal à me remettre sur les rails d'un comportement parfaitement fluide et équilibré après cette cure de solitude et d'enquête qui me conduit tout droit sur le chemin de la folie.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Lun 8 Jan - 19:49

Alors que je relevais les yeux vers elle, je perçus un changement dans le regard qu'elle portait sur moi. Un changement qui ne me plaisait pas.

Je connaissais Emily depuis environ deux ans; Malgré les périodes semblables à celle que nous venions de traverser, nous nous étions suffisamment vues pour que j'en perde le compte. Et chaque fois qu'elle quittait le pas de ma porte ou qu'elle me tournait le dos au temps de nous séparer, je remerciais cette force qui m'était inconnue d'avoir mis une telle personne sur mon chemin, d'avoir la chance de m'en être fait une amie. Emily était vraiment exceptionnelle. Elle avait eu la patience d'écouter les plaintes interminables d'une misérable inconnue. La douceur de lui prendre la main lorsque les événements avaient tourné au vinaigre. Et surtout ! Ce petit grain de folie et de mystère qui la rendait si passionnante, alors que toutes les femmes de Londres semblaient les mêmes. Elle avait dans les yeux ce feu réconfortant comme provocateur, défiant quiconque d'essayer de s'y brûler.

Pourtant, en croisant son regard en cet instant, ce fut une bien autre lueur que j'y décelais. Une lueur douloureusement familière. Cette lueur étincelant les prunelles d'un père égoïste, que la jeune Yume avait pris pour une affection retrouvée... Qui cachait une toute autre sorte d’intérêt. Une gourmandise devant un objet précieux, un livre ouvert... Cette urge d'en aspirer toute sa connaissance, tout son profit, pour finalement le laisser prendre la poussière. Car à quoi donc sert un objet dont on a déjà tout pris ? Je ne pus m'empêcher d'enfoncer mes ongles dans le velours du fauteuil. Cet étrange désir que j'entrevoyais dans ses yeux gris... m'effrayait... Me blessait. Ce n'était qu'un instant. Mes propres démons me faisaient sûrement exagérer. Mais j'étais certaine d'une chose: Je ne pouvais pas l'avoir inventé.

Je baissais les yeux; Son soupira brisa le silence. Misère... Je faisais de mon mieux pour relativiser: Aucun mot n'avait encore été prononcé. Pourtant, ce simple échange ne faisait que mieux me rappeler l'épée de Damoclès qui frôlait ma jugulaire depuis ma naissance. Car après tout, j'avais bien raison. J'étais si chanceuse qu'Emily ait eu la bonté de me faire une place dans son univers mystérieux...  Combien de temps, cependant ? J'essayais de ne pas y penser, mais... Quand donc mettrait elle le doigt sur cette chose vicieuse qui m'accompagnait et que je ne pouvais voir  ? Il était possible qu'elle ait changé en trois mois. Je ne pouvais cependant rien en dire, ou extrapoler.

Mais existait la chose...

Enfouie au fond de mon coeur, je la savais bien logée. Quoi d'autre ? Le problème devait venir de moi ! Quoi d'autre ?! Mère, Père, Grand-mère, Tarrant, AK !! ...Emily ? Quoi d'autre, si une chose immonde en moi, pour que tout ceux à qui je tenais m'abandonnent un à un ?! Quoi d'autre..?!!

-"Hmmpff... Je vois."


Une voix fatiguée me sortit de mon cauchemar éveillé. Quelques secondes avaient suffi à me transformer en véritable furie. Je n'étais visiblement, pas aussi remise que je croyais l'être. Pourquoi me fallait il Emily comme prétexte ? J'étais venue ici pour me changer les idées, et je finissais par déferler toute ma peine sur un regard que j'avais inventé.

...Ou pas.

Emily ne méritait pas ça. Elle m'avait clairement énoncé qu'elle avait des problèmes. Je devrai m'en inquiéter, plutôt que d'essayer à tout prix de l'incriminer ! Il ne serait pas étonnant qu'elle me quitte après tout...

Peut-être n'aurai je pas du venir.

-"Oh, et bien évidemment que par "fréquenter", je voulais plutôt dire "côtoyer" ou "rencontrer", si tu préfères. Je n'ai rien insinué, ni même envisagé quoique ce soit de sentimental entre vous, cela va de soit!"


Je levai les yeux, surprise. Je ne me doutais pas qu'elle reviendrait sur le sujet...! En tout les cas, il y avait bien eu quiproquo. A quoi pensais je ? Emily me connaissait. Elle n'aurait pu pu avancer une telle théorie sans preuves, et savait que je lui aurai parlé d'une liaison qui ne m'aurait fait honte...

Avais je...honte d'AK? Trop compliqué. Hors sujet.

Quoiqu'il en était, l'entendre me rassurer ainsi, même brièvement me fit quelque bien; Je m'en voulais presque de ma précédente hystérie mentale. Je me réinstallais un peu mieux dans mon fauteuil, à présent fixée. J'avais encore quelques questions, et après cela... Si elle le voulait bien, j'essayerai de me frayer un chemin jusqu'à son cœur et l'aider à tenir avec un peu de sparadrap !

Je lui jetai un coup d’œil inquiet. Emily avait en effet l'air au bout du rouleau. Fatiguée. Découragée. Etait ce ma réponse qui l'avait déçue...? Son problème et Full Saber étaient ils liés, d'une manière ou d'une autre..? Je ne tarderai peut-être pas à le savoir. Malgré la force qui l'avait quittée, elle reprit la conversation, comme si rien ne se tramait... Même Charles-Henri en kilt sur un trapèze m'aurait paru plus crédible.

-"Bon, et bien je te remercie pour cela. Du coup, euh... Comment ça va? La forme?..."


Sa mine désespérée me fit presque entièrement pardonner le désintérêt complet de ma personne caché derrière cette question... Presque. Croisant mon regard, à son tour, elle grinça des dents. Raté, en effet.

-"Oh. Oublie cette question, et considère plutôt que je viens de te demander quelles horribles mesures protocolaires Charles-Henri essaye encore de t'infliger!"


.......................Haha.


Je ne pouvais pas t'en vouloir pour ce coup de poignard Emily. Tu ne savais pas.

C'était une question naturelle à poser. J'aurai soupiré de manière exaspérée et souris. Je t'aurai ensuite fait toute la liste avec un entrain révolté, exagérant même quelques détails pour me rendre un peu plus intéressante.

Mais maintenant, il n'y avait que les images.


Je soupirai. Je pourrai bien te mentir et enchaîner sur ce qui me paraissait important. Mais je ne voulais plus te raconter de sottises.

"-Ce que Charles-Henri a essayé de m'infliger...? "


Je souris, sûrement bien plus tristement que je ne l'aurai souhaité.

"-Rien du tout. En vérité, ces derniers mois, Charles-Henri et moi, nous ne sommes pas disputés une seule fois. Il a été gentil, prévenant. Disponible quand j'avais besoin de lui. Je ne pourrai même pas chipoter; Il n'a été qu'un ange."


Il était bien la seule chose positive sortant de ce chaos. Mais oh combien avais-je du souffrir pour cela...! Pas une seule morale, un "je te l'avais bien dit" étouffant d'arrogance. Il avait été là alors que je ne pensais même pas avoir besoin de lui. Il avait supporté mes larmes, mes excès de colère.. Et mes quelques coups. J'avais été vraiment injuste avec lui. Tous les malheurs du monde n'étaient pas sa manigance.

Lui non plus, je ne le méritais pas. Et pourtant il était resté. Je savais bien son comportement exceptionnel conséquent des événements, mais j'espérais secrètement que rien ne change, et pouvoir pour toujours compter sur lui comme je le faisais actuellement.

"-Il m'a même laissée sortir sans problèmes, aussi tard. Je lui en suis très reconnaissante."


Pourquoi devais-je paraître aussi peinée alors que j'énonçais une nouvelle miraculeuse ? Pourquoi ne devais je revoir que cette absence.. Ce vide ? Les larmes commençaient à me monter aux yeux par réflexes; Je les balayai. Ce n'était pas à elle de régler un tel problème..

Il me fallait être forte comme toi, Emily.


...Et venir à ce qui m'intéressait. Je m'armais de force, et décidai d'enchaîner, avant de me faire couper, que le sujet soit loin. Je voulais l'aider.

"-Mais toi Emily... Tu ne m'as pas dit. Pourquoi cherches tu à trouver Full Saber...? Tu dois le connaître, pour en être aussi... intéressée. Tu n'es pas obligée de me dire, si tu n'en as pas envie...C'est peut-être un sujet sensible.. ! Mais si je peux t'aider en quoique ce soit... J'aimerai me rendre utile. "


J'avais conscience de marcher potentiellement sur une mine, malgré la délicatesse dont j'avais essayé de faire preuve. Mais c'était bien le seul moyen que je voyais pour y voir un peu plus clair.

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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 14 Jan - 22:04

Le fait que Yume répète ma question me semble tout... Bizarre. "M'infliger". J'ai utilisé le verbe "infliger"? Cela sonnait mieux dans ma bouche. Je plisse les yeux jusqu'à les conserver clos une seconde ou deux, avant de regarder en l'air. En fait, il semble évident que c'est le verbe "imposer" que je voulais exprimer. Pourquoi est ce que je confonds tous les mots, ce soir? Ce doit être que mon esprit galope si sauvagement dans cette forêt d'idées que fatalement, il trébuche. Enragé.

Depuis quelques secondes, c'est un blizzard glacé que je ressens. C'est comme si mon enthousiasme dévastateur avait dû soudainement s'absenter de mon crâne, laissant le poste de contrôle totalement vide. Un blanc, une absence, une prise de conscience. Appelez cela comme vous voulez, la perte d'une telle intensité est rarement sans certaines conséquences. Une sorte de retour dans une réalité à la vision raisonnée, linéaire et un point de vue avec un recul prévisible qui trouve la situation... Pathétique??!
Comment je suis pathétique?? Qui a dit cela?! Qui a osé le penser?! Je chasse cette idée de mon esprit instantanément. Le pathétique est un fléau qui s'applique de manière consentie. Tant que je n'accepterai pas de l'être, je ne le serai pas, c'est aussi simple que cela.

Je veux retrouver mes pensées vibrantes, les questions insolentes. je veux, je me concentre, j'essaye de redémarrer la machine. Voilà, c'est en route. Je peux presque entendre mon cœur ronronner à nouveau. Penser fun. Pensées décontractées. Ne penser à aucune conséquence, si ce n'est que de rendre l'instant présent plus beau, et plus intéressant encore. Et cet instant, je dois maintenant le consacrer à Yume! Hurry Yume! Raconte moi tout.


"-Rien du tout. En vérité, ces derniers mois, Charles-Henri et moi, nous ne sommes pas disputés une seule fois. Il a été gentil, prévenant. Disponible quand j'avais besoin de lui. Je ne pourrai même pas chipoter; Il n'a été qu'un ange. Il m'a même laissée sortir sans problèmes, aussi tard. Je lui en suis très reconnaissante."

Oh, mais c'est merveilleux! En fait, tout le monde peut changer d'avis et de comportement, même Charles-Henri! Son évolution me plait. Il compris que garder Yume sous cloche n'était pas très sain pour lui, comme pour elle! L'espoir est là, l'espoir est sauf! Et mon amie semble avoir elle-même évolué également, en reconnaissant que son fiancé n'était pas qu'un bourreau sans cœur, mais aussi un être délicat est attentionné! C'est ce qui s'appelle grandir, je crois, et je me rappelle à quel point c'est démesurément utile, et parfois beau. Mais ne vous méprenez pas! Je ne parle pas en méprisant ce qu'est grandir! Je sais ce que c'est, que cela implique d'être responsable et sensée. Seulement, je crois que lorsque l'éternité vous tend les bras et que personne d'autre ne vous prend la main, cela ne devient plus vraiment la priorité.

Je souris, sincèrement contente pour Yume, en plaçant mon menton dans la paume de l'une de mes mains, accoudée sur la petit table. Je me demande même pourquoi elle n'a pas déclamé ses dernières phrases avec plus d'entrain! C'est plutôt une sacrée bonne nouvelle! Mais il faut croire que ce n'est plus cela, le sens de son obsession. Ou alors est-ce justement cela le problème? A présent que tout est plus facile, elle s’ennuie, et finit même peut être par regretter le Charles-Henri jaloux et beaucoup trop possessif qu'il était avant! Comme je la comprends.

"-Mais toi Emily... Tu ne m'as pas dit. Pourquoi cherches tu à trouver Full Saber...? Tu dois le connaître, pour en être aussi... intéressée. Tu n'es pas obligée de me dire, si tu n'en as pas envie...C'est peut-être un sujet sensible.. ! Mais si je peux t'aider en quoique ce soit... J'aimerai me rendre utile. "

Je ne fis pas varier mon expression d'un pouce pendant qu'elle parlait. Alors que dans mon esprit, cette innocente question eu l'impact délicat d'une détonation de poudre à canon. C'est comme si je pouvais mettre l'univers sur pause, et sentir mes neurones s'enflammer, puis exploser un à un, dans un effet de ralenti mesuré.
Je n'ai pas d'ami. En tout cas, personne que je considère en tant que tel à présent. Toutes mes fréquentations et connaissances avancées sont parties de l'autre côté, ou alors m'ont abandonnée. A part toi, Yume. Et cela me rassure un peu. Mais cela me fait culpabiliser également, parce qu'à toi, je ne pourrais pas mentir. Alors que j'ai pris l'habitude de rester enfermée dans mon monde chimères et de délires passionnées, je ne sais absolument pas si je suis prête à t'ouvrir ma porte. Et je n'ai pas besoin d'aide. Je n'ai jamais besoin d'aide.

Ce ne sont plus de simples fourmillements qui envahissent mon crâne à présent. C'est une véritable cacophonie! Je me reprends des morceaux de phrases dans la figure, des instants de détresses à peine dissimulés, la plupart du temps entièrement cachés dans un coin de mon crâne. Oh, tu es si sensible, Emily, tu es fragile comme un petit bouton de fleur gelé, qu'on aurait aucun mal à faire éclater en morceau sous le poids d'une femelle servante... Une semelle fervente, pardon.
Le monde s'écroule sous mes pieds. C'est si dur de me remettre en question sur ce point. Je sens que l'air devient difficilement respirable l'espace d'un instant, et je sais ce qui est en train de se passer. Depuis que Yume a posé sa question, il ne s'est pas écoulé plus de cinq secondes, mais ce fut suffisant pour moi, et pour mon impulsivité. De l'air! Du calme.

Brusquement, je me relève, faisant choquer mes jambes contre la table centrale. Cette cabine est déjà devenue trop petite pour moi. J'étouffe. Les trains sont peut-être charmants, mais leurs pièces si confinées, si optimisées ont quelque chose d'oppressant. Je ressens le besoin de m'enfuir en courant. Qu'est ce qui ne tourne pas rond, ici? Certainement pas les roues du véhicule qui nous transportent dans une harmonie aussi factice que sensible. D'un mouvement chaotique, je parviens à atteindre le couloir de la voiture, désert de toute présence. Les fenêtres alignées en rangée m'offrent un panorama des plus divins sur la ville somnolente, mais je ne m'y attarde guère, et m'avance en reculant vers la queue du train. Nous étions dans le dernier wagon, je sais ce qui nous attend derrière cette ultime porte.
Avec une force démesurée, j'ouvre le battant qui ne me résiste pas le moins du monde et pivote avec fracas. Heureusement que personne ne se trouve derrière. Comme je l’espère, la plateforme arrière est vide et l'air glacial me fouette le visage avec une tendresse inespérée. Je respire un grand coup. Je me demande même si je ne vais pas crier. Finalement, je me contiens.

Yume m'a bien entendu suivie. A la fois intriguée et inquiète, je crois qu'elle attend sa réponse. Je donnerais n'importe quoi pour qu'en un claquement de doigt, elle oublie tout de ces cinq dernières minutes, et que je puisse rebondir sur une anecdotes amusantes qui n'ai rien à voir avec cela. Mais je ne peux pas fuir éternellement, autant aller droit au but. Et puis, je commence à prendre conscience que je suis en train d'en faire des tonnes, ce qui a le don de m'agacer encore plus contre moi-même. Accoudée à la barrière, je me mets à regarder la Lune.

"Ahah ! Je doute que tu puisses m'aider, Yume, même si c'est gentil de proposer. Mais honnêtement, vraiment, sincèrement, je suis un cas désespérée. Et pour ce qu'il se passe avec Full, et bien je dirais que c'est compliqué. Et encore, s'il n'y avait que Full...."

Finalement, c'est Moon qui avait raison. Je suis une vraie victime. Je jette un regard bref vers l'arrière, remarquant le vent d'est qui commence à jouer avec ses cheveux. Yume est couverte mais pas excessivement pour palier à la température actuelle. Même si je ne ressens aucun inconfort, je préfère m'assurer qu'elle ne va pas trouver l'endroit pénible :


"Pas trop froid?"


Dernière édition par Emily le Lun 15 Jan - 18:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Lun 15 Jan - 18:06

Emily ne frémit pas d'un cil à l'entente de cette question risquée. Son regard perçant, posé sur moi, paisible et clair m'inspirait des étendues pastelles n'existant qu'en peintures. J'esquissais un sourire rassuré. Mes inquiétudes étaient donc de nouveau infondées..! Ce n'était finalement, pas si étonnant; Si elle désirait à tout prix éviter une épine logée dans son cœur, aurait elle invitée une fouine dans son repaire, où tout l'exposait ? Amener abruptement le sujet pour n'attiser que davantage la curiosité semblait également exclu. Je me savais être son amie, mais Emily était une nature discrète, mystérieuse. C'était ainsi !
A y réfléchir davantage, je ne savais rien sur elle. Bien sûr, j'avais connaissance de son secret, sa malédiction. Mais me l'avait elle avoué de son plein gré ? Piégée, elle n'avait pas eu autre choix que de me le révéler, pour le meilleur comme pour le pire. Roulette Russe. Bang bang.

Sa famille ? Nada, mais sûrement morte. Ses autres fréquentations ? Rien à ma connaissance. Une tendre romance ? Pas un seul indice. Qu'est ce qui la retenait même à Londres ? Si j'étais immortelle, j'aurais parcouru le monde ! Je serai allée en France, aux Etats-Unis, en Chine ! ...Peut-être même aurai-je croisé je AK, grisonnant, époux et père, cloîtré dans une petite chaumière. Je l'aurai regardé dans les yeux avec condescendance et... Nous nous éloignions du chemin. Restons donc sur les rails, comme ce train paresseux.

Pourquoi donc rester dans une ville dont elle avait déjà fait le tour ? Il ne fallait pas se leurrer, ce n'était pas pour moi. ...Ou venait t-elle d'ailleurs ? Elle n'avait pourtant aucun accent étranger. Une pensée fulgurante qui me laissait perplexe. Chaque fois que nous posions pour discuter, nous ne parlions que de ma vie. Comme c'est égoïste. Je posais bien des questions bien sûr, mais elle ne me parlait que de ses lubies passagères. Peindre avec les orteils, Graver une planche d'écorce... Emily était une artiste. Elle avait du temps à tuer, durant la journée ! Pas de mentions au passé cependant. Pas une d'importance. Il était temps que je m'y intéresse, si c'était indolore. Ma question constituait un bon départ. J'avais hâte de découvrir ce qu'elle avait à me d...

Un bruit sourd accompagné d'une secousse me prit de court. Une seconde d'inattention qui m'étourdit.
Mon amie s'était levée d'un bond furieux, se cognant violemment contre la table devant nous. Un battement de cils, et son expression s'était métamorphosée; Ses prunelles précédemment reposées dégageaient un chaos intérieur, une confusion, une peur... Une douleur...?? Alors que je me levai rapidement à mon tour et ouvris la bouche, elle se jeta de tout son corps sur la porte coulissante. D'un geste désespéré et gauche, elle l'ouvrit et se propulsa à l'extérieur, comme si sa vie en dépendait.

"-Mais..Attends !!"

Mais qu'est ce qui se passait ??! Qu'est ce que j'avais dit ?!


Je repris ma respiration et sans réfléchir, m'élançai à sa poursuite. Tout en gardant sa silhouette grise et agile des yeux, j'accélérai pour ne pas me faire distancer.
Elle ne s'arrêtait pas !!

Cependant, nous étions dans un train; Elle ne pouvait aller bien loin. Arrivée au bout du wagon, elle claqua la porte menant à la plateforme et après quelques dernières foulées, arrêta sa course.

Je ne ralentis tout de même pas le pas, rejoignant ses côtés. Elle n'allait tout de même pas sauter ?!

Inquiète, je scrutai son visage crispé. Ma précédente question était ridicule. Je savais exactement ce que j'avais dit. Des mots qu'à présent, je regrettai amèrement d'avoir prononcé. Ce que j'avais naïvement nommé "question risquée." Une dynamite qui lui avait explosé à la figure. Elle n'était définitivement pas encore prête à s'ouvrir à moi.

La fraîcheur de l'air citadin sembla la soulager quelques peu. Mordant ma lèvre inférieure et tordant silencieusement mes doigts, je continuai d'analyser cette expression, qui était pourtant si difficile à contempler. Une douleur pure. Le voilà, le talon d'Achille d'Emily. Elle qui me semblait si supérieure aux tourments des mortels, je me trouvais de nouveau dans l'erreur. Même si je ne savais rien, j'avais la stupide impression de la comprendre. Ces trois mois de désespoir n'étaient qu'à une heure derrière moi. Mais ma découverte de cette douleur par un nouvel abandon pouvait il rivaliser, même une seconde, avec ce qui liait mon amie à Full Saber ? Je ne le saurai sûrement jamais.

Quelle pensée idiote ! La détresse n'est pas un concours.


Emily posa alors un instant ses yeux torturés sur moi, s'apercevant soudain de ma présence. Mon inquiétude devait être évidente. Qu'importe cette question stupide ! Je ne voulais pas que ma curiosité blesse ma meilleure amie. Alors qu'elle semblait se détendre, j'avais sans scrupules gratté une plaie profonde. Mais revenir dans le temps était impossible, je le savais bien.. Si ça avait été un jour possible, je ne serai même pas ici. Bien plus loin, égoïstement, je revivrai ces instants... De... de...

"Ahah ! Je doute que tu puisses m'aider, Yume, même si c'est gentil de proposer. Mais honnêtement, vraiment, sincèrement, je suis un cas désespérée. Et pour ce qu'il se passe avec Full, et bien je dirais que c'est compliqué. Et encore, s'il n'y avait que Full...."


Elle riait jaune, la tête dans l'axe de la lune. "Un cas désespéré"...? Malgré moi, ma curiosité et mon inquiétude ne firent que me ronger plus encore. "Compliqué"...? "S'il n'y avait que Full"...? Ces énigmes ne soulevaient que davantage de questions. Une telle douleur était bien synonyme d'amour. Emily et Full ? Bien qu'ils étaient tous deux de grands caractères, j'avais du mal à le voir. Le caractère bien trempé de mon amie s'opposait trop au caractère misogyne de l'inspecteur... Et elle avait mentionné d'autres personnes... Je ne la pensais pas polyamoureuse !

Je réfléchis davantage. Je ne pensais qu'à la face romantique de la chose. L'amour familial était tout aussi puissant. Je ne savais pas quand Emily était décédée... Full Saber pouvait il être le petit frère, ou neveu de la défunte ? Une raison valable pour elle de rester à la capitale, tout comme son obsession pour lui. Il ne connaissait pas son existence ou la croyait morte, et elle ne pouvait essayer d'entrer en contact avec lui que la nuit... De quoi désespérer. Elle aurait pu tenter de retrouver tous les membres de sa famille...?

Je manquais de preuves, et quelque chose ne collait pas. J'étais à court de spéculations. Ce qui n'était pas la priorité actuelle. Je réfléchirai plus tard.

"Pas trop froid?"

Je secouai la tête. Le temps n'était pas ce qui me préoccupait actuellement; De plus, mon cerveau était bien trop actif pour laisser mon corps refroidir. La fraîcheur était même la bienvenue. Doucement, je m'approchai d'elle et posai ma main sur son épaule, essayant d'être réconfortante. Je lui souris gentiment.

"-Ecoute Emily... Je suis désolée d'avoir posé une telle question. Je ne me doutais pas que ça t'affecterait autant..."


Je baissais un instant les yeux.

-"Tu n'as pas à m'en dire plus. Je comprends que tu ne te sentes pas prête. Tu t'ouvriras à moi au moment venu.. Toi comme moi, on a tous nos secrets... "

Je la pris dans mes bras.

-"Je sens que toutes les deux, on a besoin de penser à autre chose."


Une idée me vint, je lâchais ma prise.

-"Si tu veux, on peut descendre au prochain arrêt. Et on s'amuse. On se défoule, même si ce n'est pas raisonnable. Entre amies. Si je ne peux pas t'aider à régler ton problème, je pourrai au moins t'alléger l'esprit ce soir. "

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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Mar 13 Fév - 14:01

-"Si tu veux, on peut descendre au prochain arrêt. Et on s'amuse. On se défoule, même si ce n'est pas raisonnable. Entre amies. Si je ne peux pas t'aider à régler ton problème, je pourrai au moins t'alléger l'esprit ce soir. "

Comment... Je?...
Perdue dans mes pensées, les mots de Yume sonnent comme une douce musique à mes oreilles. Elle a raison! Je dois me ressaisir! Penser à autre chose, me distraire, faire le vide dans mon esprit. Je dois éviter de ressasser, ressasser, et encore ressasser! Il me faut de l'action. Il me faut de la concentration. Me retournant vers mon amie, je déclare soudainement :

- Tu as parfaitement raison! Nous ne remontrons dans ce train que lorsque cela ira mieux! Ne nous laissons pas traîner par les rails de la tristesse, et reprenons notre âme en main, et que ça saute!

Alors que je sens les roulis du wagon perdre en intensité, je devine que nous approchons du prochain arrêt. De plus, des lumières toutes guillerettes s'agitent au loin! Je prends la main de Yume afin de l'attirer hors de la terasse avec moi, puis de nous conduire jusqu'à la porte de sortie de notre voiture.
Le train s'arrête dans un bruit de vapeur qui fait "Tsswwwhhhhh". La porte s'ouvre, et Yume et moi sautons la marche qui nous sépare du quai. Je relève la tête pour apercevoir le nom de la gare : Pelham Street Station! N'était-ce pas l'endroit où une fête foraine ambulante avait élue domicile il y a quelques jours? Cela expliquerait les jolies lumières, ainsi que les musiques joyeuses et la délicieuse odeur de barbe-à-papa commençant à flotter dans l'air.
J'esquisse un sourire! Ce lieu me rappelle ma première rencontre avec Yume, lorsque nous nous étions retrouvées dans une sorte de festival peu recommandable. Cela avait faillit très mal tourner, d'ailleurs!
Enfin, cet endroit n'a pas l'air inquiétant du tout, cette fois-ci. Les lumières sont douces et chaleureuses à la fois, les gens sont vêtus normalement, et la plupart semblent venir des quartiers plutôt aisés de Londres. Des enfants crient et jouent malgré l'heure tardive. Je ne sais même pas quel jour de la semaine nous sommes!
Cette fête ambulante occupe l'espace de tout un parc. A son entrée, près de la gare, on peut admirer un grand carrousel orné de chevaux de bois méticuleusement peints. Les stands suivants sont tous couverts de lanternes et vers le fond, on peut distinguer une grande roue de ferraille aux petites cabines colorées et brillantes. L'ambiance y est féerique, et cela apaise un peu mon cœur.

Sans traîner des pieds, les yeux virevoltant absolument partout, je tends l'oreille à des "clacs" réguliers. Voilà un premier jeu qui m'intéresse beaucoup! Ma main tenant toujours celle de Yume, je me faufile vers la source du bruit, pour arriver devant un chatoyant stand de tir à la carabine! Hourra! J'adore éclater des ballons - et casser toutes sortes de chose en général, pourvu que cela demande un peu d'attention, et d'adresse!
Une fois placée devant le stand, je jette vigoureusement une pièce au tenancier de l'attraction, en échange de trois modestes plombs. La carabine n'est pourtant pas mon arme de prédilection. Trop encombrante et trop lourde malgré un recul quasi inexistant - et vous savez déjà combien j'ai horreur du recul, n'est-ce pas? Ahah. Je n'ai pas eu beaucoup d'occasions d'avoir un tel objet dans les mains, mais lors de certaines situations extrêmes, j'ai déjà dû me servir d'armes à feu, apprenant leur maniement laborieusement sur le tas. Avec un craquement net mais délicat, j'ouvre le chargeur pour y placer mes balles.
Le bois de l'arme se plaque contre ma clavicule droite tandis que mon œil gauche se ferme, laissant à son jumeau le monopole de la vision. Je construis un alignement précis en pressant le plus possible la carabine contre ma mâchoire, et mon doigt se place sur la détente. Tout autour de moi, je forme une bulle invisible. Le bruit de la fête foraine disparaît, et je suis seule. je suis seule face à mes problèmes et leur solution. Mes blocages sont ces sphères de baudruche, et je vais les éclater une à une.


- J'ai rencontré Full Saber il y a environ deux ans.

Un clac, suivi d'une petite explosion bruyante retenti alors que je me décide enfin à effectuer mon premier tir, et j'observe le ballon flottant disparaître quasiment instantanément de mon champs de vision. Sans attendre d'avantage, je rehausse mon épaule afin de mettre en joue ma seconde cible. Tout en me remémorant très clairement les événements, j'établie un calendrier précis. Si notre rencontre remonte à il y a plus d'un an et demi, nos retrouvailles à l'hiver dernier, le silence que je m'efforce de combattre, lui, n'est âgé que d'une demi douzaine de mois. Parfois, j'ai le sentiment de le connaître depuis bien plus longtemps, et que le vide qui se creuse entre nous se transforme inéluctablement en éternité. Une éternité que je serai condamnée à admirer. Je relève la tête, et vise. Être brève mais franche. Aller droit au but  :

- Enfin, en premier lieu, c'était l'un de ses frères que j'ai rencontré. Après seulement, Full. Et plus tard, j'ai même rencontré le troisième et plus jeune de la fratrie.

Alors que le second ballon explose, j'ai le sentiment d'amorcer une partie complexe. Jusqu'où aller pour être franche et précise envers Yume, mais où m'arrêter pour ne pas qu'elle me prenne pour une folle furieuse - si ce n'est pas déjà le cas -, mais aussi et surtout pour éviter de briser le secret, pourtant si évident. Je dévie légèrement mon regard de la cible pour focaliser mon attention sur l'attitude de mon amie. J'y décèle un regard incroyablement perplexe et emplis de sous-entendu. Je m'empourpre instantanément en comprenant ce qu'il se passe et commence à déclamer à toute vitesse :

- Eeeh!! Ne va pas croire par la que j'ai flirté avec toute la famille!! Non. Je n'ai tissé des liens intimes qu'avec le cadet, Walk Saber. Mais c'est juste que tous les trois, ils sont plutôt du genre... Inséparables.

Je dévie le regard et le porte sur ma dernière cible. Mes doigts sont crispés, mais je sens mon esprit qui se détend peu à peu. Finalement, exprimer mon histoire et mes pensées ne semble pas être une si mauvaise chose. L'ultime ballon explose.

- Et n'oublie jamais que tu as eu une chance incroyable de tomber sur Full! Enfin, Walk est également adorable... mais ce n'est certainement pas le cas de Moon!! Tu devras me promettre de faire attention si tu viens à nouveau à passer du temps avec lui!

Mais même si ces confessions me soulagent d'une part, d'une autre, je constate que je me rends également compte du côté si tordu de la situation. Comment être éprise, comment être tombée amoureuse d'un homme aussi extrême, façonné de ses différentes personnalités troublantes, mais attachantes. Les personnes saines doivent fuir ces cas, s'en protéger. Mais je l'ai enlacé à bras le corps, j'en ai fait mon sauveur. J'ai vu dans sa différence l'éclat salvateur qui répondait à la mienne. Je suis restée en admiration devant ce cas d'école, non pas par curiosité médicale ou macabre, mais avec la certitude qu'avec lui, toute trace d'ennui et d'incompréhension ne serait jamais plus qu'un mauvais souvenir. Chacune de ses petites pépites de folie trouvait un nid sur-mesure dans le creux de mon crâne, et notre niveau de compatibilité me surprenait toujours. C'était une harmonie brillante, intelligent, instinctive, que je n'avais jamais connu nulle part ailleurs. Et jamais je ne m'en blâmerai de penser cela, qu'importe les regards emplis de jugement du monde extérieur. Être à ses côtés, c'est une gloire démesurée. Avec lui, même l'horreur et la cruauté ont la saveur d'un bonbon à la myrtille!

Je pousse un minuscule soupir, reposant la carabine après mon petit carton plein. Je lève les yeux pour saisir ma récompense parmi le tas de peluches à ma disposition. Après quelques secondes, je saisi finalement un petit renard au poil un peu rêche, mais à la silhouette vive avec de petits yeux brillants. Je la tends à Yume :

- Tiens, c'est pour toi! Tu m'as toujours fait penser à un petit renardeau, déclarai-je dans un sourire, Merci de m'avoir écouté. Et je te laisse choisir la prochaine attraction! J'ajoute quand même que s'il y a une forêt à explorer, nous devrions peut être passer notre chemin, cette fois-ci!
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Mar 20 Fév - 19:17

Dès que je l'eus contre moi, je le sentis. Mon étreinte ferme et sûre se confronta à la mollesse d'un corps; Le sien. Mollesse est un mot bien laid à mon goût. Pourtant, il seyait parfaitement à une pareille situation. C'était le mot juste. Une masse détendue au point de l'inerte. La froideur de ses prunelles absentes m'inquiéta.
Elle semblait vidée de toutes forces, entendre mes mots sans les comprendre. J'avais malgré tout poursuivi ma tirade courageusement, dans l'espoir de n'importe quelle réaction. Je n'étais pas la meilleure de nous deux pour les discours, j'en avais conscience. Cependant... Je me devais d'être présente si un jour elle flanchait.

Et elle flanchait.

- Tu as parfaitement raison! Nous ne remontrons dans ce train que lorsque cela ira mieux! Ne nous laissons pas traîner par les rails de la tristesse, et reprenons notre âme en main, et que ça saute!"

Je sursautai. Que...?

Une seconde.
Une seule seconde et son humeur changeait encore du tout au tout. Passer de sereine à paniquée et de paniquée à enjouée. J'étais déboussolée par cet inhabituel; Mes mots semblaient aussi déterminants que dévastateurs. Moi qui tentais d'y voir plus clair, me voilà prisonnière d'un brouillard tout nouveau ! Emily n'avait jamais été comme ça... Du moins avec moi. Cette fragilité était elle cachée depuis toujours ? Ou étaient-ce ces mois sans moi qui l'avait aggravée..? Beaucoup plus de questions depuis avoir mis un pied dans ce train. ...Ou est-ce le train ?!

Ce soir était définitivement étrange. Le bon sens n'allait sûrement pas être de la partie.

Le train ralentit. Je ne pus pas penser à autre chose, puisqu'une poigne soudaine me tira à l'intérieur. Emily ,qui semblait plus tôt vidée de toutes les forces de notre univers, m'entraînait vigoureusement vers la porte. Je me laissais guider, toujours un peu sonnée. Combien de temps allais-je pouvoir la suivre ainsi ?

Le train s'était arrêté. Sous l'initiative de ma lunatique, nous descendîmes. J'eus cependant le temps d'analyser l'environnement: Le panneau surplombant nos têtes indiquait Pelham Street Station.
Ce nom m'était vaguement familier, ce qui ne m'étonna guère. Ce genre de quartier était des plus recommandables pour ceux de la trempe de Charles-Henri. On pouvait s'y promener à toute heure de la journée sans craindre les rats ou la saleté.

Nous... Emily se remit en mouvement, m'obligeant à abandonner mes pensées de mauvaise langue. Si je n'en gardais pas souvenir, c'était sûrement que ce n'était pas si terrible. Je faisais confiance en mon amie. N'allions nous pas nous créer de nouveaux souvenirs ? Il paraissait que c'était quelque chose d'important. Mon colocataire bien-aimé l'avait tant répété que cette réplique avait perdu toute saveur.

Mon poignet commençait à me faire souffrir, je décidais de faire alors un effort et de marcher au bon rythme pour m'épargner cette peine inutile. La marche semblait trop sûre pour une déambulation, ce qui me laissa penser qu'une destination mystérieuse nous attendait. Que serait la vie sans la surprise, après tout ?
Je commençais à reprendre une réflexion correcte; Je me repenchais alors sur la précédente exclamation d'Emily, que j'avais à moitié écoutée à cause de ce changement d'humeur soudain.

"Reprendre son âme en main"
hm..? De jolis mots, dont je n'étais pas sûre d'entièrement en comprendre le sens. Ce n"était pas si grave. Ça sonnait plutôt juste. Ce serait à moi d'en fabriquer la signification !
Ce pouvait être synonyme "d'Amusement" pas vrai ? Je le troquerai volontiers contre "Lasse Mélancolie Cynique" qui commençait franchement à devenir hors-saison.

Une douce musique et une odeur sucrée me tira de ma rêverie encore naissante. Cela ne faisait que quelques minutes pourtant.... Il fallait croire que nous étions arrivées ! Je jetai des rapides coups d’œil autour de moi. Nous venions d'entrer dans un petit parc charmant, transformé pour l’occasion en fête foraine. La situation m'arracha un sourire. N'étaient-ce pas dans des situations similaires qu'Emily et moi étions devenues amies ? Une piqûre de rappel plutôt plaisante, puisque cette fois ci, le lieu semble candide et innocent! Était-elle venue ici pour cette raison ? Bien que c'était différent que ce que j'avais imaginé comme défouloir -Je nous imaginais plus renverser des poubelles-, le cadre était propice pour une soirée distrayantes... Et entre amies s'il vous plaît ! ... Nous en profiter un maximum avant que toute cette magie ne disparaisse !

...... Quelque chose n'allait pas.


Comment savais-je que cette fête était éphémère ? Certaines restaient en ville après tout ! Hum, c'était la suggestion la plus logique, cette question était idiote. Pourtant...

... Qu'est ce que je m'efforçais de prouver..?



Je regardais autour de moi. Une fois. Deux fois.

....


Je connaissais ce parc. Voilà qui me paraissait plus étrange. Mais encore ? Quelque chose me dérangeait.

Je fouillais ma mémoire tandis que les coups de carabines se précisaient dans la distance.

J'étais déjà venue dans ce quartier. Dans ce parc. Avec A.K.
Voilà ce qui m'obsédait inutilement. Un fragment de mémoire, une période de vie typique dans cet un an et demi passé à ses côtés. Car ce moment n'avait rien d'extraordinaire. Pourtant, alors que je continuais de marcher aussi lentement, rien ne m'avait un jour paru plus beau.

Le voilà ! L'arbre sous lequel nous nous étions réfugiés à cause du soleil de midi. C'était un simple pique-nique dans une semaine d'été peu trépidante. Nous avions ouvert le panier, et je m'étais extasiée sur la confiture de fraise, à un tel point que nous n'avions finalement que mangé des tartines. L'instant me paraissait déjà lointain, pourtant sous mes yeux, semblaient apparaître clairement nos figures sous ce saule. Je souris vainement.
Paresseux, il s'était allongé sur le gazon et refusé de bouger. Alors nous avions discuté de tout et de rien... Surtout moi. Il écoutait pour la plupart et pimentait mon récit de remarques piquantes et bien placées auxquelles je ne pouvais m'empêcher de rire.

Tout ça semblait d'un autre temps. D'un autre monde, où tout y était délicieux et où il m'aurait aimée pour toujours....


CRAC.

Je sursautais en me retournant vers le bruit, si près de mon oreille. Emily avait ouvert la carabine d'un coup sec. ...Depuis quand étions nous au stand des carabines ? Pourquoi n'avais-je pas senti sa poigne me lâcher ? Questions qui resteront à jamais sans réponse. Je jetai un dernier coup d’œil vers le saule au loin. Le moment était déjà perdu.

...Aha. Ahaha.


Ce n'était pas plus mal. Se remémorer ce qui avait disparu ne servait à rien. Nous étions allés dans ce parc? ..Et alors? J'y étais maintenant avec mon amie. C'était tout ce qui comptait...Non ? Se créer de nouveaux souvenirs. Se créer de nouveaux souvenirs. L'Amusement était sur le point de commencer. Je devais me concentrer sur Emily. Juste Emily. (Désolée.)

Elle se mit en joue, tous ses muscles entièrement tendus. Plissa le regard. Son esprit devait être encore occupé par les problèmes qu'elle avait eu dernièrement. La raison pour laquelle nous étions ici. C'était peut-être pour cette raison que l'atmosphère était légèrement... Étrange ?

- J'ai rencontré Full Saber il y a environ deux ans.


Clac. Boum.


Wowowowow. D'accord...!
Malgré les précautions que j'avais prise, me voilà de nouveau surprise ! C'était donc l'heure des révélations ! J'avais assumé qu'elle voulait oublier et garder cela pour elle. C'était donc le bon moment. Je me sentais honorée qu'elle s'ouvre à moi, bien que je n'aurai jamais deviné que cela se fasse dans un tel contexte ! J'imaginais qu'être concentrée sur une autre tâche pouvait rendre la tâche plus aisée; Chacun a son propre façon de régler ses problèmes. Dans tous les cas, elle avait tout mon attent...

- Enfin, en premier lieu, c'était l'un de ses frères que j'ai rencontré. Après seulement, Full. Et plus tard, j'ai même rencontré le troisième et plus jeune de la fratrie.

Clac. Boum.


WOWOWOW. QUOI?!!
Quoiquoiquoiquoiiiii. Mais. Que. Enfin?? D'accord, je me concentre. Plus de blabla intérieur. Si elle avait d'autres informations chocs comme celles-ci à balancer au vent violemment, j'avais intérêt à suivre !

Mais mon dieuuuu -même s'il n'existait passss.-


Je devinais que je devais fixer mon amie avec des yeux plus grands que des soucoupes et la bouche entrouverte, puisqu'elle se retournait vers moi visiblement gênée et déblatéra à toute allure:

- Eeeh!! Ne va pas croire par la que j'ai flirté avec toute la famille!! Non. Je n'ai tissé des liens intimes qu'avec le cadet, Walk Saber. Mais c'est juste que tous les trois, ils sont plutôt du genre... Inséparables.


Euh. Excuse moi chérie, mais tu viens de me dire à l'instant que Full Saber avait deux frères cachés m....MAYONNAISE. Je m'étais plus stoppée à cette partie ci plutôt qu'à un quelconque sous-entendu douteux -qui était loiiin de ma théorie familiale!-. Cependant, ce petit aparté m'aida à y voir un peu plus clair. Il était donc question d'amour. Elle était amoureuse du frère de Full Saber, qui était inséparable de son frère mais caché du monde entier. Tout s'expliquait.... Et ce n'était pas rien!

- Et n'oublie jamais que tu as eu une chance incroyable de tomber sur Full! Enfin, Walk est également adorable... mais ce n'est certainement pas le cas de Moon!! Tu devras me promettre de faire attention si tu viens à nouveau à passer du temps avec lui!



Clac. Boum.


Full. Moon et Walk, c'était noté. J'avais enfin des noms pour toute la fratrie. Par ordre de déduction, je dirais que Walk est son Roméo et que Moon.... était le dernier, et de loin le plus exemplaire ? ... Quelle révélation. J'étais de nouveau sans voix. Combien de secrets me cachais-tu encore Emily ? C'était vraiment gros, mais l'idée de douter de sa parole ne m'était même pas venue à l'esprit. Ça n'avait pas du être simple de se confier à moi; Après tout, si personne ne savait que les frères du policier existaient, c'était qu'ils avaient du se donner beaucoup de mal pour le dissimuler. Confier un secret comme celui-là n'était pas des moindres... Elle devait vraiment me faire confiance alors... !

...Cependant, une nouvelle fois, ce sentiment que quelque chose clochait revint.


...Si je venais à passer "de nouveau" du temps avec lui..? Je n'avais rencontré que Full... Pas Moon ! Et s'ils était inséparables comment se faisait-il que...

Je fronçais les sourcils. Je ne remettais pas la parole de mon amie en cause, seulement... Il était clair qu'à ce propos, tout n'était pas dit.

Emily se retourna vers moi et m'offrit son prix, une petit peluche de renard. Je la remerciais aussitôt.

- Tiens, c'est pour toi! Tu m'as toujours fait penser à un petit renardeau. Merci de m'avoir écoutée. Et je te laisse choisir la prochaine attraction! J'ajoute quand même que s'il y a une forêt à explorer, nous devrions peut être passer notre chemin, cette fois-ci!


Je souris sincèrement à cette mention. Même si certaines choses restaient non dites, je fus heureuse qu'elle s'ouvre ainsi à moi. Après tout, je ne souhaitais que son bonheur ! Je pris délicatement son bras et sans attendre, je me mis à la recherche de quelque chose d'intéressant à faire. Prise dans mes souvenirs, je n'avais précédemment pas pu observer ce que cet événement avait à proposer. J'embrassais le parc du regard, évitant astucieusement le saule. Beaucoup d'activités attiraient le regard de leurs couleurs, de quoi retenir quelqu'un une bonne heure !

Le carrousel était bien sûr ce que j'avais remarqué en premier. La musique et la lumière qui s'en échappaient amenait foule. Trop de monde pour que je puisse en profiter totalement. Je passais mon chemin. Je n'avais pas totalement faim, alors... Pas de barbe à papa. Après quelques secondes de recherches, mes choix furent faits. Je m'apprêtais à ouvrir la bouche, mais je me retins.

...Elle venait de m'énoncer ses problèmes. Elle avait beau vouloir s'amuser, ce serait impoli et inapproprié et de passer outre comme si elle n'avait rien dit du tout. Je pourrai au moins essayer de lui trouver une solution....
Je me figeais alors un moment, malgré son regard inquiet.

"-A propos de ton soucis... J'imagine que tu veux les revoir. Full est sûrement le plus accessible, vu qu'il ne se cache pas de tous... As-tu essayé de le demander à Scotland Yard après le coucher du soleil ? Si tu dis que c'est de ta part... Il est toujours en cavale, mais il doit bien passer pour des papiers ou amener un prisonnier ! Si vous êtes si proches... Il fera bien une exception pour toi ! Tu donnes ton adresse, ou quelque chose comme ça..."


Je ne lui laissais pas trop le temps de répliquer, par craindre de ruiner son moral de nouveau. Elle aura tout le temps d'y songer plus tard !

"-Sinon, la grande roue et le maillet me plaisent bien !"


J'avais simplement peur qu'on nous refuse sur ce test de force, habituellement réservé à la gente masculine, afin de prouver leur virilité... Quelle blague. Frapper fort quelque chose pourrait nous apaiser, ou du moins, compenser nos frustrations respectives ! D'un autre côté, voir la ville de très haut pourrait être charmant. Cela me rappellerait presque...
On ne commence pas. Nouveaux souveniiirs.

"-Si tu veux, on pourra discuter en même temps, j'ai des choses à te raconter ! "


...Ou pas.
Ces derniers mois avaient été un néant qui arrivait pourtant à me tourmenter. Pouvais-je réellement lui raconter tout ça...? D'un côté, j'avais toujours peur qu'elle me méprise si je lui révélais cette partie horrible de moi... Mais d'un autre... Elle venait sûrement de me confier son plus grand secret.... Ne serait-il pas égoïste de ne pas lui rendre la pareille..?

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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 4 Mar - 12:53

Mon amie semble être ravie de son cadeau, ce qui me ravie moi-même! Plaisir d'offrir, joie de recevoir, c'est incroyable à quel point un cadeau rend tout le monde content! A présent, la voilà qui papillonne des yeux en quête de la prochaine activité. Elle tourne sur elle même, tant de choses ont l'air de la tenter! Soudain, elle s'arrête brusquement, le renardeau dans les mains, et ses yeux grands comme des billes de cristal. Puis elle déclare, presque penaude :


"-A propos de ton soucis... J'imagine que tu veux les revoir. Full est sûrement le plus accessible, vu qu'il ne se cache pas de tous... As-tu essayé de le demander à Scotland Yard après le coucher du soleil ? Si tu dis que c'est de ta part... Il est toujours en cavale, mais il doit bien passer pour des papiers ou amener un prisonnier ! Si vous êtes si proches... Il fera bien une exception pour toi ! Tu donnes ton adresse, ou quelque chose comme ça..."

Yume, me prendrais-tu pour une simple d'esprit? Ou alors tu sous-estime simplement la puissance de mon obsession, ce qui est tout de même une option plus probable!
Je ne peux même plus compter les nuits passées à camper devant Scotland Yard! A attendre désespérément un signe, un indice, une ombre. Et je ne compte plus non plus les fois où je me suis couverte de ridicule à essayer de négocier un rendez-vous avec Full, via le secrétaire général du commissariat. Cet abrutit qui dès l'instant où il a posé les yeux sur moi m'a collé l'étiquette de "groupie insistante". L'espoir m'a rongée et m'a rendue petit à petit amère et défaitiste. Si bien que je n'ai même plus le courage de le traquer tous les soirs, ces derniers temps. Et je ne donnerai pas mon adresse non plus! Les personnes connaissant mon nom ET mon lieu de résidence ne se résume qu'à Yume. Et ma concierge. Je demeure bien trop paranoïaque pour prendre le risque que quelqu'un vienne me rendre visite. Quel drame cela serait si ça arrivait en plein jour!... Et puis en plus, cela rendrait les choses bien trop faciles.

Je ne prends donc même pas la peine de répondre à cette question, limite vexante. De toute manière, Yume enchaîne direstement sur la proposition d'une nouvelle activité! Elle hésite entre l'activité du maillet, ou bien un tour sur la grande roue!
Mhmm, le maillet me tenterait beaucoup, mais... Non. Avec l'état de nervosité dans lequel je suis plongée depuis plusieurs jours, je ne pressens que trop bien ce qu'il va se passer. Je vais frapper la cible de toute mes forces avec le maillet. Je vais inévitablement entendre des remarques misogynes. Je vais frapper la bouche d'où elles se sont enfuies, toujours avec mon maillet. Et puis cela se transformera très probablement en bagarre générale d'une violence joliment exacerbée. En temps normal, cela ne me dérangerait pas vraiment! Mais avec Yume à mes côtés, j'ai moins envie de créer ce genre de situation délicates.
Je décide donc d'opter pour la voie de la sagesse, et emmène mon amie vers la grande roue. Cette activité nous offrira d'autant plus une vision grisante de la ville brillante et endormie!

"-Si tu veux, on pourra discuter en même temps, j'ai des choses à te raconter ! "

Oh? Ma bien entendu ma très chère Yume! De toute manière, il semble évident que la plus à l'aise pour raconter les choses ici, c'est toi. j'acquiesce et esquisse un sourire. C'est toujours intéressant d'écouter la jeune fille, de se projeter dans ses problèmes, et d'essayer d'y déceler les solutions potentielles. Surtout qu'avec son éducation bourgeoise et son cœur d’artichaut, nous n'avons pas un caractère si éloigner que cela, finalement. 

Marchant dans les allées bruyantes, je reste pourtant tacite. Le chemin vers la plus grande attraction de la foire est une ligne droite, mais cernée des deux côtés par tant de distraction. J'aime marcher d'un pas rapide dans ce lieu contrasté, à la fois sombre et coloré. J'aime me perdre dans la foule de ces anonymes, jeter un œil à leurs vêtements, à leur visage, tout cet univers si riche en détails, et surprendre des bribes de leurs conversations quelconques qui résonnent dans ma tête. 
"Je ne veux pas retourner à l'internat demain..!!", "...Je t'ai dis de choisir entre fraise et noisette! Pas de prendre fraise-noisette, tu ne m'écoute jamais!...", "...Et je me suis piqué le doigt avec votre bouquet mardi...", "Les temps sont dans la mer morte, à la Vélocité du Sel...", "A 9:15 P.M., ce sera fait..", "...Elle te plait? Je viens justement de la gagner à la loterie..."

Tant de conversations, d'interactions, d'histoires probablement rocambolesques que je ne connaîtrais jamais! C'en est presque frustrant parfois. Mais mon intérêt pour ces broutille se fane presque aussi rapidement qu'il apparaît, et finalement, seules les choses importantes demeurent, aussi évidente que cette grande roue au milieu du parc. La Vélocité du Sel... J'avais déjà entendu cela quelques part. Mais c'est trop tard, la phrase c'est envolée. même si je m'arrête un instant, je ne pourrais plus retrouver ma conversation. A vouloir projeter mon attention partout, ma concentration s’étiole et perd de sa consistance! Je suis un radar de piètre qualité.
Bien qu'une étrange impression commence à chatouiller mon esprit, j'essaye de ne pas trop y faire attention, calme mon virevoltement et calme mon pas pour me caler sur celui de Yume. Nous arrivons devant la grande roue. Je tords ma nuque pour pouvoir obtenir cette sensation de vertige, d'impression de n'être qu'un minuscule insecte devant le couvercle d'une boîte de conserve, scintillante et colorée! Après avoir payé nos tickets, un forain nous fait entrer dans une petite maisonnette suspendue d'une couleur vert pale. La cabine semble parfaitement solide et sécurisée, mais les larges fenêtres dépourvues de verre et plongeant vers le vide provoquent tout de même quelques frissons. Une fois installée, notre maison s'envole. Je commence à me sentir bien, confortable, enfermée dans une bulle d'intimité, à l'abris du monde extérieur, et au-dessus de tout mes soucis et tracas quotidiens.

La roue tourne néanmoins assez lentement. Je projette qu'un tour complet doit durer assez longtemps! Néanmoins, cela me semble être l'endroit parfait pour se lancer lorsque l'on veut commencer à raconter une histoire. Je lance donc un sourire espiègle à mon amie et déclare :

"J'ai hâte d'écouter ce que tu as à me dire! Alors je t'écoute : "Il était une fois, Yume.... " "
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Lun 5 Mar - 23:41

La décision se fit dans le silence. Après une réflexion rapide, Emily reprit la marche en direction de l'imposante roue colorée. Étrange ! Vu son état d'esprit, je lui aurai prêté un œil gourmand pour notre ami le maillet ! J'éprouvais une déception primitive face à ce choix; Ma plaie était encore fraîche et ouverte, et taper le plus fort possible sur quelque chose aurait peut-être évacué un peu de ma souffrance... Ou déclenché bien pire. Je secouais la tête tristement. Ma raison me dictait tout autrement.
Ce n'était peut-être pas si mal... ! L'air frais et la vue de la Capitale nocturne pourrait -qui sait- me procurer la même thérapie !
J'avais ralenti le pas, essayant de calmer mes pensées. L'idée de révéler ce qui me tracassait prochainement me faisait presque trembler. Allons Yume ! Du nerf ! Du courage ! Mon pauvre petit cervelet s'amusait pourtant à me tourmenter. J'oscillais encore indécise dans la plus floue des incertitudes. Si le dire, comment le dire ? Je n'étais pas Emily. Je ne savais pas doser les mots aussi habilement qu'elle. La situation était trop délicate !

Dossier de l'accusée -c'est moi, coucou!-: J'avais caché à ma meilleure amie une ....relation.... avec un probablement tueur en série, tout en ayant à peu près conscience de ce fait. Pire ! Je lui avais fourni protection et l'avait caché de son aimé inspecteur.

Ah, qu'est ce que l'amour avait pu me faire faire..?


C'était beaucoup à avaler ! Peut-être trop pour elle. Sûrement... Peu importe la formulation, tout ceci changerait sa vision de moi à tout jamais. La gentille et vertueuse Yume.. A la bonne heure ! Elle s'inquiétait de ma sécurité à la rencontre d'un fameux Moon alors que j'étais déjà perdue depuis longtemps.

Je ne devrais peut-être pas tout dire. Ou ne rien dire du tout. Inventer un mensonge serait facile.


Je jetai à mon amie un regard en coin. Elle semblait à présent plus apaisée. Un sourire avait même fleuri sur ses lèvres roses. Je m'en voudrais de lui enlever si vite... De plus... J'avais assez confiance en elle pour être sûre qu'elle ne dénoncerait pas ma complicité, cependant, rien ne me disait qu'après cette révélation, elle ne voudrait rien que me revoir. Un noeud se noua de nouveau dans mon estomac. Consumée de ces idées noires, je n'avais même pas pris conscience que nous étions déjà devant le guichet.

Retrouvant brièvement mes esprits et mon sourire de façade, je nous payai nos tickets et un forain nous fit monter telles des princesses dans une des nacelles vertes. Je pris place face à Emily, sur l'un des bancs boisés. L'air fouetta quelques mèches rebelles sur mon visage. Mes problèmes s'estompèrent un instant alors que j'inspirai une grande bouffée d'oxygène; J'avais tant rêvé d'un jour monter dans une embarcation comme celle-ci ! Charles-Henri avait beau être un amour maintenant, il n'avait toujours pas la moindre idée de comment s'amuser. Pendant que je croupissais dans le manoir familial, des expériences comme celles-ci se présentaient inlassablement, comme dans l'espoir de ce jour ! J'avais connu de jours meilleurs mais... Je ne voulais pas ignorer la vue que j'allais bientôt voir. Avais-je même le vertige ? Je ne m'étais jamais posé la question.  

Une brusque secousse me fit sursauter: Nous commencions péniblement à nous élever ! La sensation de quitter le sol, si nouvelle me poussa à m’agripper à la première accroche à ma portée. Je souris inconsciemment. Ce n'était pas assez rapide pour être effrayant, simplement... Plaisant. La vue attendrait, cependant!

J'osai jeter un regard à ma compère, vérifiant si elle profitait de ce qui se produisait. Ses yeux étaient déjà sur moi. Et la curiosité qui allumait son regard m'explosa sur la terre ferme. J'étais absolument terrifiée.

"J'ai hâte d'écouter ce que tu as à me dire! Alors je t'écoute : "Il était une fois, Yume.... "


..Si tu savais à quel point ton sourire enjoué me brise le cœur...! J'avais l'impression que ma vérité était un poignard que je m'apprêtai à t'enfoncer dans la jugulaire. Alors que le mensonge, un caramel sucré et délicieux. Ne devrais-je pas te dire ce que tu voulais entendre ? Des histoires rocambolesques qui te feraient rire de bon cœur ?

Ce n'était pas comme si je n'étais pas habituée à mentir.


"-Aha ! Pendant ces trois derniers mois, j'ai...."


Allleeeez.


"-J'ai..."


Non non non !


"-Je...Emily, je...!"


...Je ne pouvais vraiment pas, hein ? ...Ou est ce que je ne le voulais pas, au fond de moi...?
Comment lui mentir après ce qu'elle venait de me confier ? Comment pouvais je lui mentir...A elle...? Eviter un sujet pour dissimuler une vérité, était une chose. Mentir sciemment, nier en regardant droit dans le blanc des yeux en était une autre.
D'ailleurs, je ne pouvais pas la regarder. Figée, j'étais seulement capable de fixer la pointe de mes chaussures. Je savais que j'allais tout laisser échapper. Je ne tenais pas à témoigner du changement. Du jugement. Je devais savoir le dire. Tout ça demandait... Une immense concentration.
Je suis vraiment désolée.

"-Attends... On recommence. Je vais essayer de faire bref. "Il était une fois, Yume qui pendant un long moment, avait caché un élément de sa vie à sa meilleure amie, dans la peur qu'elle en pense moins d'elle..""


Ma voix tremblait, mais je ne pouvais pas la laisser m'interrompre. Je ne serai peut-être plus capable d'ouvrir la bouche. Je devais assumer mes choix.

"-Je.. J'ai... Peu après notre rencontre mouvementée, j'ai fait la rencontre de quelqu'un d'autre... Il y a deux ans, environ... Perdu et l'esprit chaotique, il n'en fallait pas plus pour que l'on s'entende ! "


Mon coeur se serra alors que son visage me revint en mémoire clairement. Mais je ne pouvais pas flancher. Pas encore.

"On devint rapidement inséparables, malgré nos différences. Mais le temps a passé, et une simple amitié ne semblait plus me suffir... A lui non plus d'ailleurs. Il y avait cependant un seul problème, mis à part mes fiancailles, la raison pour laquelle je ne t'avais rien dit..."


Je pris une inspiration. Comment pouvais je prétendre être sa meilleure amie si je lui cachais ce détail ? Je devais lui offrir ma confiance entière. J'étais trop loin pour reculer de toutes façons.

"...Il a sûrement assassiné un nombre de personnes que je pourrai pas déterminer. "


La sensation de le dire à haute voix était étrange. Comme retirer une épine du pied pour ensuite s'y tirer une balle. J’enchaînais, paniquée, pansant une plaie déjà irrécupérable.

"Mais AK était si gentil avec moi ! Il semblait perdu et quand il me regardait, je pensais que je pouvais...Qu'il pourrait pour moi..."


Quelle cruche. Quelle idiote. Tu pensais que tes jolis yeux le remettraient sur le droit chemin ? Que quoi ? Tu pouvais le sauver ?!

"Mais ne t'en fais pas, le problème est réglé de toutes manières ! Je n'étais plus assez intéressante pour lui, alors du jour au lendemain, il a décidé de disparaître de ma vie ! Il ne m'a bien sûr laissé aucun moyen de le retrouver, même pas son nom. Que des pseudonymes ! Ryuku, Ange, Oscar... C'est bien fait pour moi !"


.....

"Ahaha ! ~"


Je n'avais pas envie de rire. Mes joues étaient déjà mouillées. Je fermai les yeux. Je ne voulais plus voir. Plus rien entendre. Je tournai la tête, me dissimulant derrière mes mains. Elle n'avait pas à assister à quelque chose d'aussi misérable.

"-A-après tout, c'est toujours ça l'histoire ! "Il était une fois, Yume la bonne poire ! Fin."


Je réprimai un gémissement de douleur.  Un sanglot surgit quand même. J'avais le coeur en miettes.

J'espérais que la nacelle était assez élevée maintenant. Je pourrai alors simplement me jeter dans le vide.

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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Jeu 28 Juin - 23:36

La balancelle de notre cabine semble osciller au rythme des hésitations de Yume. tantôt elle semble prête, puis la seconde d'après, elle se ravise. je me demande bien quel secret énorme elle s'apprête à me dévoiler! J'en deviens même légèrement inquiète! A-t-elle fait une grosse bêtise? S'est-elle mise dans une situation délicate, aux abords d'un danger imminent? Ou alors as-t-elle découvert un secret terrible, trop lourd à porter pour elle seule, et dont elle souhaiterait se décharger? Pour l'instant, c'est complètement mystère et tranche de pain!

Alors, elle se décide enfin et grand peine à briser le silence. Je vois les mots trébucher aux portes de ses lèvres. Elle pourrait presque s'étouffer avec. Je sens les phrases inavouables, cachées depuis trop de temps se bousculer dans sa poitrine, piétinant son cœur déchiré entre le besoin d'être libre et la douleur des aveux. Je vois dans ses yeux la lueur de terreur, celle que l'on possède lorsqu'on est à deux doigts de franchir le point de non-retour.

"-Attends... On recommence. Je vais essayer de faire bref. "Il était une fois, Yume qui pendant un long moment, avait caché un élément de sa vie à sa meilleure amie, dans la peur qu'elle en pense moins d'elle.."

Attends Yume. Déjà, pour cela, tu n'as pas à t'en faire autant. Tout le monde a le droit à son petit jardin personnel! Moi-même, je garde enfoui un grand nombre de secrets, sacralisés au range de trésors inavouables. A commencer par ma véritable nature, que je ne t'aurais peut être pas avouée avant longtemps si nous n'avions pas été confrontées à des circonstances si graves.

Yume continue son récit laborieux. Elle me parle d'une rencontre, d'une personne étrange, mais qui semblait compter furieusement pour elle. Une sorte d'âme sœur aussi inespérée que tordue. Cela fait raisonner en moi un écho particulier, mais je passe outre pour me concentrer sur son récit. Ce dernier avait un contexte compliqué, mais ne semblait pourtant pas impossible à gérer. je sens que la pastille n'a pas encore été entièrement crachée. Elle n'avait pas à craindre d'être infidèle puisqu'elle n'aimait pas vraiment l'homme qui lui était légalement destiné. Qui pourrait s'en vouloir pour une telle et charmante romance?

"...Il a sûrement assassiné un nombre de personnes que je pourrai pas déterminer. "

Je ne peux retenir un très léger mouvement de tête à cette annonce. Ce n'est pas du choc, du dégoût ou de la colère que je ressens. J'entre dans une sorte de réalité parallèle à cette discussion, analysant simplement avec surprise mon manque de réaction. Alors, ce n'est que "ça", finalement ? Enfin "ça". Façon de parler.
Les temps sont durs et de plus en plus incertains. Tuer est en train de devenir un métier plus lucratif et commun que jamais, si ce n'est même un mode de vie. Est-ce que je suis en train de dire que tuer peut être excusable? Certainement pas. Mais il existe différents contextes, différentes attitudes. Et puis, la mort, ça me connait.

Mon moi de la réalité parallèle ère dans ce temps suspendu, parmi des roses aux yeux grands ouverts. Basculant en même temps que la grande roue, la tête en bas, les cheveux au vent et les yeux dans le vague, la nuit nous câline. Je suis morte, et à la fois en vie. Je hais les criminels, et pourtant je ne suis complète qu'en leur présence. Tuer est l'acte le plus abject au monde, et pourtant, j'ai consciemment libéré l'un des plus grands serial killer du pays. Je suis la reine des hypocrites, incapable de choisir clairement mon camp entre le bien et le mal.

... Je crois que je viens seulement de comprendre - ou plutôt de m'avouer - que le monde n'était pas aussi simple, finalement. Il n'y a pas d'un côté le bien, la vertu et la sagesse. Ni de l'autre l'horreur, la cruauté et la désolation. Les monstres n'ont pas toujours que de mauvaises intentions, et les anges sèment parfois consciemment les graines de la terreur.
L'être humain est un animal. Il y a la sauvagerie, la violence, cette curiosité malsaine que les saints ne peuvent même pas réprimer. Il y a cet amour de l'extrême abandon de soi dans son attitude la plus bestiale. Ce sentiment de puissance quand on se laisse enfin aller à écraser son ennemi, les plus sages d'entre nous prétendant agir au nom de la sacro-sainte justice. Cette ivresse que l'on ne peut connaître que lorsque l'on a pour la première fois arraché de la chair avec les dents.

Non, il n'y a pas de bien et de mal, finalement. Il n'y a que ce en quoi on décide de croire. Il n'y a que la puissance des émotions, et la tenacité des liens qui uni tous les groupes d'atomes de ce monde.
Les vivants ont pour la plupart ce sentiment de préservation de l'espèce qui les conduit à vouloir éliminer les nuisibles. Et c'est peut être en partie ce manque de vie qui m'a rendue égoïste. Je ne veux éliminer que ceux qui me gênent directement. Et tout ce qui compte sont ceux en qui j'ai décidé de croire. C'est un instinct fort, un instinct se rapprochant de celui de la meute, poussant à préserver ce qui nous rend fort et qui nous transcende, en dépit de toute logique et de bon sens. Je ne veux pas que des innocents meurent en subissant les plus atroces des tortures. mais je ne veux pas non plus être privée de ces âmes qui me sont si chères. C'est pour cela que je ne livrerai jamais Moon entre des mains qui lui seraient néfastes, quand bien même sa liste de victime innocente s'agrandie de jours en jours. J'ai besoin de lui. J'ai besoin de Walk. J'ai besoin de Full. S'ils tombent, je tomberai avec eux.

Entre le besoin capricieux de mon être et la sécurité de l'humanité, j'ai choisi.

Alors non, Yume, tu ne dois pas t'attendre à ce que je te fasse la morale ou que je te blâme concernant tes choix de fréquentations! Je respecterai ton histoire, sans ajouter un seul commentaire désobligeant ou ridicule.

" Je comprends."

Sans vraiment faire attention à ces deux mots, mon amie, emportée dans le tourbillon de ses émotions et de son récit qui lui lacère les entrailles, continue de m'apporter les dernières précisions concernant cette histoire.

"Mais AK était si gentil avec moi ! Il semblait perdu et quand il me regardait, je pensais que je pouvais...Qu'il pourrait pour moi... Mais ne t'en fais pas, le problème est réglé de toutes manières ! Je n'étais plus assez intéressante pour lui, alors du jour au lendemain, il a décidé de disparaître de ma vie ! Il ne m'a bien sûr laissé aucun moyen de le retrouver, même pas son nom. Que des pseudonymes ! Ryuku, Ange, Oscar... C'est bien fait pour moi !"

Elle éclate ensuite d'un rire aussi nerveux que désespérée. La pauvre. J'ose à peine penser à la douleur que l'on ressens lorsque l'on se fait cruellement abonner de la sorte. C'est pire que mille coups de poignards, plus destructeur que n'importe quelle explosion.
Elle avait cru trouver un nouvel équilibre, aussi effrayant que rassurant, avant que ce dernier ne s’efface d'un revers. Une illusion si troublante qu'elle sonne à présent comme un rêve, avec ce terrible goût d'amertume qui accompagne les matins indésirés.

Rendue fiévreuse par mon court voyage dans le pays de mes intenses réflexions, je ne réfléchie pas avant d'attraper mon amie. Je la serre fort dans mes bras, malgré le malaise dont elle peine à ce défaire et la crainte d'être jugée et condamnée. Comme si elle avait besoin de cela en plus de toutes les peines qui l'accablent! Conservant sa tête sur mon épaule, je déclame, les yeux perdus dans les étoiles :

- Tu n'as pas à te blâmer. Ce n'est pas ta faute. Qui que soit cet individu, et quoi qu'il ait fait, il n'a pas su voir la perle qu'il avait sous les yeux, ni à quel point il aurait dû la conserver avec soin. La chérir... Yume, tu es libre de choisir la personne à qui tu décides d'ouvrir ton cœur, et tu mérite de recevoir son amour en retour. Et si cette personne est indigne d’honorer cette tâche, c'est que son comportement la guide de cette façon. Mais en aucun cas, tu es la fautive ou la responsable.

Je lui relevai la tête alors que la grande roue amorçait maintenant la descente. Saisissant son visage dans mes mains avec délicatesse, mais une certaine fermeté, j'essayais une larme sur sa joue du bout des doigts.

- Et tu vas t'en remettre. Tu dois t'en remettre, Yume, tu es forte. Et de toute façon, tu n'as pas le choix. Ce monde ne fait pas de cadeau à ceux qui ne se relèvent pas!
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MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Mar 10 Juil - 17:03

Mes oreilles bourdonnaient dans une confuse discordance, me faisant presque perdre l'équilibre sur mon banc. Une respiration saccadée. Des sanglots inspirés. Une nacelle grinçante. Que de sons discrets pourtant cacophonie à l'instant présent. Un voile s'était glissé devant mes yeux. Il me semblait ne plus rien y voir. Ne plus rien entendre. Seules les sensations subsistaient; Un déséquilibre aussi dangereux que plaisant; C'était la rechute. Mauvaise idée, mauvaise décision. Le semblant de dignité que j'avais si difficilement repêché dans mon abîme m'avait de nouveau abandonnée. Mais je n'étais plus à un abandon prêt, n'est-ce pas ? Amertume, quand tu nous tiens !

♪ Mère, Père, l'Enfance, -de nouveau Père !-, Mes rêves, Lottie, Chapelier, Ma morale, AK.. Ma dignité... Emily.. ♪...


Jolie, triste comptine. Qui pouvait bien s'arrêter ici. Je ne pourrai pas en supporter plus. C'était tant mieux ! Qu'avais-je donc de plus à perdre, après tout ? Un nom me venait en tête, ce qui acheva de dépeindre ma situation; J'étais donc au fond du trou.

Mais qui pouvais-je blâmer, si ce n'était moi-même ? C'est ce qu'il en avait toujours été. Trop naïve pour choisir les bonnes personnes, trop capricieuse pour les faire rester, et pour finir... Trop sotte pour préserver ce qui me restait.
Qu'est ce qui m'avait pris ? Emily était bien la plus belle personne que je connaissais dans ce monde d'hypocrite; Et il fallait que je la fasse fuir en lui aspergeant au visage ma vérité à deux cents ! Elle n'avait pas besoin de savoir; Rien n'aurait changé si je n'avais rien dit. Elle n'aurait jamais su. ...Et alors ? Au nom du pouvoir de l'amitié et des bonnes vertus, j'allais pouvoir me racheter en avouant mes fautes ?

Mais réveille toi, Yume !! Tu fais la fière, mais tu n'es pas plus dégourdie que la femme au foyer que tu fuis tant..


Je levais les yeux, pourtant malgré moi; Je rencontrai les douces prunelles grises d'Emily. Indéchiffrables, ce qui ne changeait pas d'ordinaire. Je peinais de plus en plus à trouver mon souffle. Emily. Notre amitié avait été trop courte. A quoi pensais-tu maintenant ? Où allais-tu aller ? Pourquoi mettais tu autant de temps à me jet-
....
.....
.........
..................Je ne comprenais plus rien.

Un battement de cil, et une chaleur familière m'entourait toute entière. L'étreinte d'une amie. Celle qui malgré son silence, disait tout de sa position face à mon récit. Mais pourquoi ??
Emily me gardait d'une poigne ferme, mais pourtant si douce contre son sein. Essayant d'arrêter mes larmes, je me lovais malgré moi dans ce réconfort dont j'avais cruellement envie, mais que je ne méritais pas. Dégageant mes cheveux de mon épaule, elle alla lentement y reposer son menton. L'angoisse et la tension saisissaient chaque muscle de mon corps; pourtant j'aurai voulu que ce moment puisse durer toujours.

"- Tu n'as pas à te blâmer. Ce n'est pas ta faute."

Ces quelques mots suffirent; Ils étaient tout ce que j'avais besoin d'entendre. Toutes les pensées affreuses qui avaient peu à peu obstrué chacun de mes sourires durant ces trois derniers mois.. Toutes me quittaient en un instant, contenues dans une nouvelle cascade de larmes, plus intense que la précédente. Je pleurai à m'en dessécher toute entière, mais cette fois-ci, c'était bien la dernière fois; Je ne m'en étais jamais sentie si soulagée et légère.  

"- Qui que soit cet individu, et quoi qu'il ait fait, il n'a pas su voir la perle qu'il avait sous les yeux, ni à quel point il aurait dû la conserver avec soin. La chérir... Yume, tu es libre de choisir la personne à qui tu décides d'ouvrir ton cœur, et tu mérite de recevoir son amour en retour. Et si cette personne est indigne d’honorer cette tâche, c'est que son comportement la guide de cette façon. Mais en aucun cas, tu es la fautive ou la responsable."

Ce n'était pas de ma faute. Ce n'était pas de ma faute ! Ce n'était pas de ma faute...

Chacune de ses paroles était un baume supplémentaire sur ce qui avait été hier une plaie béante.
Oh Emily... Tu étais décidément définitivement la plus belle personne de cette planète. Tu n'étais pas n'importe qui; Car lui, aurait fui devant ce que je viens de confesser. Charles-Henri m'avait consolée de tout son soûl,. Pourtant, j'avais bien senti cette pointe de jugement qu'il réprimait avec force. Chez toi.. Il n'y en avait aucune.
Je tenais dans mes bras un trésor au parfum de rose fanée que je n'échangerai pour rien au monde... Pour personne.

Je sentais mes muscles se détendre, mes spasmes s'arrêter, mes larmes qui peu à peu s'épuisaient. J'étais heureuse, simplement. Un sourire bourgeonna naturellement sur mon visage.

"-Emily... Merci."

Je rencontrai de nouveau ses beaux yeux gris. Avec un sourire rassurant, elle saisit mon visage pour essuyer une de mes dernières larmes. Je mis mes mains sur les siennes, acceptant cette fois sans résister cette vague de la chaleur du bien-être. Au fond de moi, je restais un peu surprise; Bien qu'elle amorçait quelques fois du contact entre nous, nous n'avions jamais été si proches; Elle était loin d'être la personne la plus tactile que je connaisse.

- Et tu vas t'en remettre. Tu dois t'en remettre, Yume, tu es forte. Et de toute façon, tu n'as pas le choix. Ce monde ne fait pas de cadeau à ceux qui ne se relèvent pas!

J'hochai la tête vigoureusement, inspirée par ces mots qui étrangement, résonnaient enfin en moi. Après l'étreinte et les larmes, mon esprit semblait soudainement clair. Je savais enfin ce que je voulais.

...Evidemment, AK n'avait pas comme par magie disparu de mon esprit... Mais il n'était pas là. Plus là. Je ne savais pas s'il allait revenir. Allais-je essayer de savoir où il se trouvait...? Sans doutes. Mais là n'était pas le bon moment pour cela. Maintenant que j'étais seule, il fallait que j'avance. Rien que par moi. Et pour moi.

J'allais ouvrir la bouche, quand je fus légèrement secouée. La nacelle touchait de nouveau la terre ferme. ...Déjà ? Avec toute cette histoire, je n'avais même pas pu profiter correctement de la vue ! Tant pis. J'imagine que ce sera pour la prochaine fois.. ! Je souris et me séparai doucement de mon amie, l'invitant à sortir de la nacelle. Nous reprîmes donc notre marche, bras dessus-bras dessous. J'inspirai une grande bouffée d'air frais.

Maintenant que je savais l'avoir à mes côtés quoiqu'il puisse arriver, je me sentais plus confiante que jamais. Les pensées que je m'efforçais d'avoir pour avancer, coulaient à présent naturellement dans l'onde de mon esprit. Pour dire vrai... Ce petit tête à tête avait fini de me convaincre; J'avais pu enfin confirmer mon choix. Je me retournais vers elle.


"-Merci encore Emily. Te savoir avec moi, même après tout ça... Ça me donne de la force. Charles-Henri et toi, vous avez raison. Il est tant que j'avance."


Je marquais une pause, considérant une dernière fois ce que je m'apprêtai à dire.

"-En parlant de Charles-Henri... J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps... Je crois que je vais l'épouser."


Je marquai de nouveau une pause, un peu plus malicieuse. Il fallait laisser le suspens agir ! Et la laisser se remettre du choc. Qui pourrait croire que JE puisse un jour dire cela sciemment? J'avais moi-même du mal à y croire. Je passais quand même du coq à l'âne en un instant. Pourtant, cette décision était le fruit de 3 mois de compromis intérieur.

"-Ca pourrait paraître étonnant de ma part.. Ce n'est pas un acte désespéré d'un cœur brisé, et je ne me suis pas découvert des sentiments pour lui, je te rassure tout de suite.. ! Mais j'en ai assez de fuir. Depuis un bon moment, je repousse ce moment à cause de mon manque de sentiment à son égard.. Mais je savais pertinemment que ça arriverait un jour ou l'autre. J'avais pensé à m'enfuir avec celui que j'aimais, mais comme tu le vois, ce n'est pas un franc succès. Je sais que Charles-Henri est de mon côté. Une situation stable comme le mariage pourrait au contraire m'aider dans mes projets, si j'arrive à m'imposer contre la servitude traditionnelle. Bref, j'aurai tout à y gagner."


...Enfin presque. Je fis la grimace.

"-Pour tout ce qui est du... Domaine physique, c'est loin de m'enchanter. Je trouverai un moyen de contourner ce détail, parce qu'il en est pas question."

Je lui souris.

"-J'espère que tu me suis. Et que tu seras mon témoin aussi. Je m'arrangerai pour que ce soit en soirée."


... J'avais définitivement vidé mon sac une fois pour toutes.
Une fois que l'émotion de la nouvelle sera passée, je comptais bien m'en tenir au plan initial; M'amuser. Aller partout dans la ville, "me dévergonder". Tout et partout !

..Tant que ce n'est pas à Whitechapel.

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